- J’ai peur, m’a-t-elle dit.
- De quoi as-tu peur?
- J’ai peur, car devant moi, il y a la vie dont j’ai toujours rêvé.
- Et cette vie rêvée est effrayante?
- Non…
- Alors, quoi?
- Et si cette vie m’échappait avant même que j’aie pu la vivre?
- Et pourquoi est-ce qu’elle ferait ça?
- Si ce n’était qu’un mirage inventé par mon esprit asséché?
- …
- Et s’il me prenait l’envie irrépressible de m’enfuir sans me retourner?
- …
- Et si je faisais tout foirer?
- …
- Et si je ne méritais pas d’être heureuse?
- …
- Et si le bonheur n’était qu’une illusion?
- …
- Tu penses quoi, là, me demanda-t-elle enfin.
- Je pense que le bonheur n’est pas simple, mais qu’il existe.
- Ça, pour ne pas être simple…
- Et elle ressemble à quoi, ta vie de rêve?
- Attends, je vais te raconter…
Ses yeux se sont illuminés et elle m’a parlé de voyages exotiques et d’un nid où il fait bon revenir…Il y avait des éclats de rire et des murmures, il y avait des arbres et des rivières et de grands boulevards, il y avait des bulles et des mers, des courbes et des lignes droites… Il y avait des jeunes et des vieux, des êtres excentriques et des gens simples. Il y avait du soleil et des jours de printemps. Il y avait même quelques malheurs…Elle souriait en me décrivant les odeurs et les couleurs… La musique jouait en arrière-plan. Je l’entendais moi aussi. Elle me racontait la vie tout simplement, mais c’était la sienne, à elle toute entière.
Soudain, elle s’est tue. Son sourire a fondu, ses yeux ont perdu de leur éclat. Elle a déposé ses mains sur la table. Celles-ci ne dessinaient plus la vie rêvée à grands traits. Un pli s’est formé sur son front. Une barrière se refermant sur ses pensées, pour les empêcher de s’emballer.
- Tu me promets que ce bonheur-là existe?
Oui.


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