Les voisins en instantanés

8 jan

LE VOISIN

2007.

Le voisin d’en arrière est sur son balcon. Il étend ses vêtements sur la corde à linge. Entre deux t-shirt, il tourne les pages d’une revue. De ma cour, j’entends le grincement de la poulie.

2009.

C’est l’été. Un verre de vin rouge à la main, le voisin fait du BBQ. À ses côtés, une jolie brunette rit entre deux gorgées.

2010.

La jolie brunette étend des vêtements sur la corde à linge. Les robes fleuries égaient maintenant les t-shirts monochromes. La poulie ne grince plus.

2011.

C’est l’hiver.  Le soleil fait la grasse matinée. La lumière est allumée chez le voisin. Il se tient debout devant la fenêtre. Dans ses bras, un minuscule bébé. J’ai l’impression qu’ils m’observent tous les deux.

LA VOISINE

2007.

Les voisins d’en arrière sont dans leur cour. Il fait du BBQ. De mon balcon, je sens l’odeur de la viande grillée. Elle arrache des mauvaises herbes entre deux gorgées de vin blanc.

2009.

C’est l’été.  La voisine prend son petit déjeuner dans la cour. Seule. Entre deux bouchées, elle tourne les pages d’une revue.

2010.

La voisine étend ses vêtements sur la corde à linge. Ma blonde dit qu’elle aimerait bien avoir une robe comme celle-là. La troisième en partant du poteau. Tu vois?

2011.

C’est l’hiver.  Dehors, il fait encore nuit. Je tente de rendormir le bébé.  La lumière est allumée chez la voisine. Elle se tient debout devant la fenêtre. Dans ses bras, son chat. J’ai l’impression qu’ils m’observent tous les deux.

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Le parfum des vieilles dames

12 sept

Il accueille les clients de la pharmacie d’un bref hochement de tête. Les deux pieds bien ancrés dans le plancher de linoléum, les mains derrière le dos, le menton légèrement relevé, sa stature imposante tranche avec celle, délicate, de son prédécesseur, qui, lui, ne court plus après les petits vauriens. Le vieux monsieur est toujours là, mais il offre simplement son plus beau sourire et rigole avec les caissières. Alors que lui, c’est du sérieux.

“Vous, lequel vous préférez?”

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Mon 11 septembre

11 sept

Je suis au boulot.  Quand le premier avion frappe la tour, nous ouvrons la télévision dans la salle de réunion. La plupart retournent à leur bureau. Quand le deuxième avion frappe, nous nous réunissons tous dans la salle. Personne ne parle. Nous regardons les images défiler. Un autre avion sur le Pentagone. Une tour qui s’effondre. Un avion qui s’écrase dans un champ. L’autre tour qui se désintègre à son tour… Mais quand cela s’arrêtera-t-il? Des immeubles du centre-ville sont évacués. Notre patron nous invite à rentrer à la maison. Je reste. Il le faut. Il faut trouver un sens… Le soir, après avoir passé la journée à scruter les fils de presse, sélectionner des photos, mettre en ligne, recommencer, toujours, car tout va tellement vite, et tout est tellement confus, tellement plus grand et plus effroyable que tout ce qui nous a été donné de connaître de notre vivant, le soir, donc, après cette journée dure et froide comme une pierre au fond d’un puit, je prends mon vélo et je monte au sommet du Mont-Royal. Et là, debout à côté de mon vélo, le souffle court, le cimetière à mes pieds, là, enfin, je pleure.

 

 

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Une île

28 août

C'est ainsi que j'imagine la petite Alice... (photo: Flickr.com)

Il y a une île qui m’attend, une île loin de moi, loin de nous, une île dont j’ignore presque tout, mais qui m’appelle, m’attire et m’intrigue.

Il ya déjà plusieurs mois, j’ai été complètement bouleversée par un documentaire sur le tsunami qui a frappé l’Asie en 2004.. Je vous en avais parlé. Je vous avais dit aussi que j’irais peut-être au Sri Lanka. Et que je penserais à la petite Juliette et à Elizabeth.

Je serai aussi habitée par le roman Retour à Brixton Beach, que j’ai terminé il y a déjà quelques jours, mais qui me colle encore à la peau, aux tripes, au coeur… Il y est question du Sri Lanka, mais aussi de la guerre, du pouvoir rédempteur de l’art, de l’exil, du désespoir… Pour m’accrocher encore un peu à ces personnages qui m’ont tellement touchée, j’ai voulu en savoir plus sur l’auteure.  Je n’ai pas été étonnée d’apprendre que Roma Tearne est également artiste visuelle. Sa sensibilité artistique, son attention aux détails visuels illuminent le roman et créent des images fortes et poignantes.

Je ne prétends pas connaître cette île, ni comprendre son histoire et encore moins sa réalité actuelle. Mais j’espère simplement être dorénavant plus réceptive, alors que j’ai déjà tant pleuré sur son sort et celui des siens.

Finalement, ce que je voulais vous dire c’est que si vous avez une chance de lire ce roman, faites-le.

Je pars bientôt.

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Junky

23 août

La première fois, je n’étais pas certaine de le reconnaître. Il sortait du dépanneur. J’ai eu le temps d’apercevoir deux pains blancs dépassant de son sac. Je l’ai croisé de nouveau, au coin de ma rue.  Une fois, deux fois. Et encore aujourd’hui. Il était à vélo. Je me suis demandé s’il l’avait volé.

La mémoire m’était revenue.

Il y a vingt ans, c’était un beau garçon. Allumé. Bohème.

Quelques années plus tard, je l’avais revu à la librairie où je travaillais. Il tentait de cacher un dictionnaire dans son manteau. Je suis allée vers lui. J’ai dit son nom. « Qu’est-ce que tu fais?» Il a levé la tête. Son regard était vide. J’ai eu peur.  « Tu ne peux pas faire ça.» Il a déposé l’épais volume sur la tablette et il s’est enfui.

Je ne me souviens plus de son nom. Tout cela a refait surface. Tout sauf son nom qui se refuse à moi.

Il était revenu. Je le suivais dans la librairie, sans un mot, jusqu’à ce qu’il parte, les mains aussi vides que ses yeux, son manteau flottant autour de son corps maigre. Nous avons répété notre silencieux manège à plusieurs reprises.

Je ne l’ai jamais revu.

Jusqu’à cet été.

Il a les mêmes yeux éteints. Son visage est ravagé par le temps et je ne sais quelle cochonnerie. En toute franchise, j’ai été étonnée qu’il soit toujours vivant.

Je me questionne sur sa vie. A quoi elle ressemble. Où il habite. Mais lorsque je le croise, je ne lui demande rien.

Je regarde ailleurs et j’accélère le pas.

 

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India

5 août

J’ai hâte.

India from Thom Coffey on Vimeo.

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Ma douleur

17 juil

“Afficher ses tatouages, c’est en quelque sorte afficher sa douleur.”
Robert Lepage (Le dragon bleu)

Cette phrase s’est imprimée dans ma tête, comme un tatouage, comme celui qui fait partie de moi depuis plus de 10 ans. Je l’oublie souvent. Je ne le vois que rarement. Je l’effleure parfois du bout des doigts, me rappelant soudain la présence de cette vieille blessure.

En lisant cela, j’ai d’abord résisté. Je ne me suis pas fait tatouer pour exprimer ma souffrance. Au contraire. Cela s’est fait dans la joie. Je me suis fait tatouer pour ne pas oublier. Ne pas oublier de rester fidèle à moi-même, dans toute la dualité qui m’habite, et que ce dessin représente. Cette dualité est mon essence. Mais elle est aussi source de douleur, il est vrai. Cette phrase me l’a cruellement rappelé.

Mais je ne vous offrirai pas ma douleur en spectacle.  Ce serait me montrer bien trop vulnérable. Vos regards indiscrets ne me voleront pas ce que j’ai de plus intime.  Je ne le supporterais pas.

Ma douleur m’appartient.  Je sais qu’elle est là, je sens sa présence, comme une légère pression au bas du dos. Je ne la renie pas, non, la renier serait une erreur. Elle me rattraperait tôt ou tard. Je la porte en moi. Sur moi. Simplement, chaque matin, je me fais face dans le miroir et je choisis de ne pas regarder en arrière.

Je tourne le dos à ma douleur et j’avance, droit devant, deux poissons enlacés ondulant au creux de mes reins.

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Chanson d’été

13 juil

La découverte musicale de la journée… Pour le rythme, pour sa voix, pour son énergie, pour les toits de Paris et pour Nad qui me trouvait trop intense dans mes derniers billets.

Et parce que comme le dit si bien André Ducharme, “on ne devrait jamais se poser de questions sur le sens de sa vie quand il fait au-dessus de 30°”.

 

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