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Se rencontrer par hasard

4 Mai

Hier soir, je suis allée au resto avec des amis. S* m’envoyait un message texte à chaque but du Canadien… ou des Flyers. Treize amis rassemblés pour célébrer l’anniversaire de l’un des nôtres en mangeant du requin au cari et autres délices de l’Île de la Réunion. Eh oui, treize. Rien de mal ne nous est arrivé, ne vous inquiétez pas.

Alors que ma voisine est partie fumer à l’extérieur, un charmant jeune homme s’assoit soudainement à côté de moi. La conversation s’arrête autour de la table. Nous le regardons tous avec étonnement. C’est qui, lui? Il sourit. Et je le reconnais. Éric. Nous allions au Cégep ensemble. Lui, moi, et quelques autres convives. Nous ne nous sommes pas revus depuis. Plus de dix ans! Il n’a pas changé. Et nous nous retrouvons comme si nous nous étions quittés la veille.

Je m’étonne toujours de constater à quel point le temps est relatif. À quel point le temps nous marque – les rides au coin des yeux, les cheveux qui grisonnent, le corps qui se transforme – mais ne nous atteint pas – le regard qui pétille, l’énergie qui vibre, le rire qui éclate, la joie d’être ensemble.

Plus tard dans la soirée, un groupe de filles s’installe à la table à côté de nous. L’une d’elles porte un voile de mariée. Un enterrement de vie de fille! La maman de Juliette se lève brusquement. Elle connaît la future mariée. Elle ont déjà travaillé ensemble. Nous sommes dans un tout petit resto de Montréal, elles habitent toutes deux dans les Laurentides. Et pourtant, elles sont là toutes les deux.

Nous allons prendre un dernier verre dans un bar tranquille. Choisissons une table au fond de la salle… Et comme il se doit, à la table à côté se trouvent des collègues d’un ami. Mieux. Il s’avère que l’un d’eux est allé au primaire avec un autre de mes amis. Nous finissons la soirée tous ensemble à la recherche d’autres liens entre nous.

Je suis étourdie. Montréal est un village.

Je rentre chez moi. S* est déjà au lit, il tente d’oublier la défaite des Canadiens dans le sommeil. Je le regarde. Je cherche à me souvenir de quelle façon il est entré dans ma vie. Pourquoi lui dans mon lit et pas un autre? L’amour est-il le fruit du hasard ou un tour du destin? Je le rejoins sous la couette. Et moi aussi je sombre dans le sommeil.

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Conversation avec les livres

6 Avr

Nous avons une relation bien particulière, moi et les livres. Ils me parlent. Ou plutôt, ils m’interpellent. Je ne rigole pas.

Je ne suis pas la première à dire qu’un livre est apparu dans ma vie juste au bon moment. Ça nous est tous arrivé un jour, non? Vous avez un homme dans la peau et vous lisez L’Amant de Duras. Vous êtes malheureuse en amour sans être capable de mettre le doigt sur le bobo et vous tombez sur cette phrase de Lucia Etxebarria: « Il n’est pas de pire solitude que celle que l’on partage ». Vous vous lancez dans l’aventure d’un blogue que vous intitulez La Vie en instantanés et Muriel Barbery vous dit que « c’est peut-être ça être vivant : traquer des instants qui meurent ». Ça nous est tous arrivé un jour.

Mais il y a plus. Il y a des jours où je rentre dans une librairie et je me mets en mode disponible. Je tais toutes les voix intérieures, j’oublie ma liste d’épicerie et les critiques littéraires et je marche lentement entre les allées. J’effleure les tranches des livres, parfois j’en saisis un, l’ouvre et lis une phrase au hasard. J’erre entre ces milliers de possibles et j’attends. Parfois, un libraire m’approche et me demande si j’ai besoin d’aide. Non merci, ça va très bien. Puis, ça se produit. Un livre m’interpelle. Hier, par exemple, c’était le numéro 12 de la revue Zinc. C’est tout ce qui est écrit sur la tranche. No 12. Zinc. Je le tire doucement vers moi. Spécial Blogues. Un peu plus loin, dans la section Psychologie, mon regard balaie l’énorme bibliothèque. Rien qui capte mon attention. Alors que je m’apprête à continuer ma ronde, mes yeux se posent sur le livre juste devant moi. Virtuel, mon amour : penser, aimer, souffrir à l’ère des nouvelles technologies.

Je suis l’heureuse propriétaire de deux nouveaux bouquins. La revue Zinc, je l’ai déjà dévorée. Le livre de psycho, il traîne sur mon bureau. Il me susurre des mots doux. Derrière moi, des chuchotements. Ce sont les livres qui attendent bien sagement leur tour dans ma bibliothèque. « Pas un autre », « Il tente de la séduire », « Un instant, là, c’est à mon tour », « Moi, ça fait trois mois que je poireaute ici », « Moi, six, je crois qu’elle m’a oublié », « Il n’y a plus de place, elle ne peut pas nous coincer davantage », « Elle va en trouver de la place », « Parle-moi en pas, mon ancien voisin est parti à l’Échange, il paraît », « Mais elle ne l’avait même pas lu! », « Elle est comme ça… »

Eh oui, je suis comme ça.