Tag Archives: amour

Ceci est une histoire d’amour

14 Fév

Ceci n’était pas une histoire d’amour.

Ceci, en vérité, n’était même pas une histoire.

Et puis le temps s’est écoulé.

Et puis la douleur s’est apaisée.

Et puis la peur a relâché son étreinte.

Et puis on a donné à  cette histoire

Une deuxième chance.

*****

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Histoire de familles

23 Sep

J’aime à dire que j’ai une famille innée. Mes parents, mon frère, mes nombreux cousins et cousines, mes tantes, mes oncles. Ceux qui restent… Ils sont là depuis toujours. Ils font partie de moi. Je les aime. D’un amour un peu nostalgique. C’est un amour qui sent l’enfance, qui vibre au rythme du référendum de 80, qui bourdonne des étés au bord du lac. Un amour qui goûte la pizza devant la Soirée du hockey, les tomates de ma grand-mère, sa confiture à la rhubarbe. Un amour où résonnent les voix de la parenté envahissant notre maison au réveillon. On y entend aussi le klaxon du boulanger, au fond de la baie, annonçant ses beignes chauds et dégoulinants de sucre, les éclats de rire lors des parties de cartes tard le soir, le bateau d’un oncle, la Beetle d’un autre, l’orgue électrique de ma tante, l’horloge grand-père…

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Balbutiements

1 Avr

Sur le trottoir, les tables et les chaises s’alignaient le long du mur. Ça lui rappela Paris. Une rue tranquille, quelques restos sympas, des promeneurs arrêtés pour siroter un café, le soleil, et cette table juste pour elle. Elle entra, commanda un capuccino et un grilled-cheese, celui au brie, avec des artichauts et des champignons. Elle ressortit. Sa place l’attendait. Elle s’assit, glissa ses sacs sous la table en tassant du pied les bouts de papier souillés, les mégots encore humides,  les restes de l’hiver. Elle arracha ses lunettes de soleil à sa chevelure rebelle, les planta sur son nez. Elle inspira profondément en rejetant la tête vers l’arrière. Le soleil la réchauffait. Elle déboutonna son manteau, dénoua mollement son écharpe, admira ses ongles oranges, peints le matin même pour ajouter une touche de couleur, un brin de folie à sa tenue.  Son ode toute personnelle au printemps. La serveuse sortit à son tour, déposa le verre de café sur la table. Elle prit une gorgée. Il manquait quelque chose. Elle se pencha, farfouilla dans son sac l’air consciencieux.  Se releva. Dans sa main, elle tenait La foi du braconnier, de Marc Séguin. La couverture immaculée luisait au soleil. Elle porta le roman à son visage, l’huma. Elle aimait l’odeur des livres. Elle raffolait de ce léger craquement qui se faisait entendre lorsqu’on ouvrait un livre pour la première fois. Elle adorait aussi la première phrase d’une histoire. Elle la savourait comme on déguste la première bouchée d’un plat exotique, à la recherche des harmonies des parfums, des subtilités des épices.  « Le lendemain matin, je n’étais pas mort. »

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Ceci n’est pas une histoire d’amour

22 Juin

Ceci n’est pas une histoire d’amour.

Ceci n’est pas l’histoire d’un homme et d’une femme qui se rencontrent.

Ceci n’est même pas l’histoire d’un premier baiser ni celle d’une nuit passionnée.

Ceci ne dit pas comment cet homme et cette femme se sont plu tout de suite.

Ceci n’est pas la liste de tout ce qu’elle affectionne en lui, ni de tout ce qui le touche en elle.

Ceci ne relate pas les années passées à vivre ensemble.

Ceci n’est pas l’histoire de leur bonheur partagé.

Non, ceci n’est pas une belle histoire.

Ceci n’est pas non plus l’histoire de leur première dispute.

Ceci ne dit pas pourquoi ils se sont éloignés l’un de l’autre au cours des années.

Ceci n’est pas la liste des blessures, ni celle des regrets.

Ceci n’explique pas pourquoi tout ce qu’elle affectionnait en lui et tout ce qui le touchait en elle a disparu.

Ceci ne raconte pas le désir qui s’éteint lentement.

Ceci n’est pas l’histoire de leur rupture.

Non, ceci n’est pas une histoire triste.

Ceci, en vérité, n’est même pas une histoire.

Je m’appelle Paula et j’ai 10 ans

5 Juin

Elles étaient trois. La plus vieille devait avoir 14 ans. Peut-être 12. C’est si difficile à dire maintenant, vous ne trouvez pas? Les fillettes habitent un corps de femme alors qu’elles jouent encore à la Barbie…

Elles étaient trois, donc, et la plus vieille avait, disons, 13 ans. Les deux autres en avaient peut-être 9… ou 10. Je les ai croisées sur le trottoir.  Habillées à la dernière mode, avec leurs jupettes fleuries, et leur frange dans les yeux. Elles étaient en grande discussion. L’adolescente mettait son expérience au service de ses cadettes.

–         Mais comment je fais?

–         Tu lui dis que tu habites près d’ici. Là, il va te répondre « moi aussi » ou « pas moi », et c’est là que tu lui demandes « ah oui, tu habites sur quelle rue? ». C’est facile.

–         Oui, mais s’il ne dit ni un ni l’autre?

–         Tu improvises.

–         Mais je sais pas faire ça moi.

–         Mais oui, tu peux.

–         Et après? Quand je sais où il habite, je fais quoi?

–         Tu vas te promener sur sa rue.

–         Et s’il me voit?

–         C’est ça le but!

–         Oui, mais je dis quoi?

–         …

J’ai eu envie de les suivre.  Envie d’entendre la suite. Je me suis revue au même âge, aussi désemparée que la petite.

Parfois, j’ai encore 10 ans.

Perdue à Paris

14 Mai

Un petit film mignon comme tout qui me donne envie de me perdre dans Paris…

La boîte aux lettres

15 Jan

Ce matin, en rangeant les cartes de Noël, j’ai ouvert la mauvaise boîte de métal. Il y a celles qui contient les cartes de fête et de Noël, il y a celle des cartes postales, et il y en a une autre pour les lettres.  Oui, je conserve tout. Je ne peux me résigner à mettre à la poubelle des mots qui me sont destinés. C’est pareil pour les courriels. J’accorde trop d’importance aux mots pour les détruire.

Alors, ce matin, j’ouvre cette boîte par erreur. Il y a si longtemps que je n’y ai pas glissé une nouvelle lettre. Si longtemps qu’on ne m’a pas écrit une lettre à la main, sur du beau papier, avec des petits dessins griffonnés dans les marges. L’espace d’un instant, je regrette l’avènement du web, des courriels, des blogues et de Facebook.  Ça passe. Sur le dessus de la pile, une lettre de Mariela, une Cubaine de Holguin. La lettre est écrite en espagnol sur une petite feuille de papier très fin. Je peine à en comprendre tout le sens, mais je saisis que Mariela se rappelle nos conversations sur la plage. Qu’elle me considère comme une soeur. La lettre est datée du 17 février 1994. À la fin de mon bac, j’étais allée passer une semaine à Holguin, dans un tout inclus bon marché, avec ma colocataire.  Une journée, nous avions marché sur la plage jusqu’au village voisin. Des jeunes filles étaient venues nous parler. Elles nous avaient invitées chez elle et nous avaient montré à danser la salsa. J’imagine que Mariela est l’une d’elle. Mais je ne me souviens pas. Il y a 17 ans, une jeune Cubaine a pris le temps de m’écrire une gentille lettre, et j’ai oublié son visage. C’est triste. J’espère au moins que je lui ai répondu…

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La cruauté

25 Sep

À la fin de son courriel,  son courriel si triste, si bouleversant,  il a écrit « Ne vous en faites pas si vous êtes sans mot ».

Je suis sans mot.

Quand la vie est si injuste, on ne peut que s’incliner et admettre notre impuissance.

Quand la mort frappe là où on attendait la vie, on ne peut que fixer le vide en tentant de reprendre son souffle

Quand la vie est absurde à ce point, il n’y a rien à comprendre.

Quand la mort se loge dans le ventre d’une mère,  plus rien ne fait de sens.

Devant tant de cruauté, il n’y a rien à dire.

Rien à écrire.

Il ne reste que les larmes.

Et peut-être l’amour.

Mais je ne sais pas.

Je ne sais rien.