Archive | Réflexions sur tout et rien RSS feed for this section

Histoire de familles

23 Sep

J’aime à dire que j’ai une famille innée. Mes parents, mon frère, mes nombreux cousins et cousines, mes tantes, mes oncles. Ceux qui restent… Ils sont là depuis toujours. Ils font partie de moi. Je les aime. D’un amour un peu nostalgique. C’est un amour qui sent l’enfance, qui vibre au rythme du référendum de 80, qui bourdonne des étés au bord du lac. Un amour qui goûte la pizza devant la Soirée du hockey, les tomates de ma grand-mère, sa confiture à la rhubarbe. Un amour où résonnent les voix de la parenté envahissant notre maison au réveillon. On y entend aussi le klaxon du boulanger, au fond de la baie, annonçant ses beignes chauds et dégoulinants de sucre, les éclats de rire lors des parties de cartes tard le soir, le bateau d’un oncle, la Beetle d’un autre, l’orgue électrique de ma tante, l’horloge grand-père…

Lire la suite

La rage

26 Avr

Je n’ai ni la prétention ni l’intention de faire un blogue politique. Le sujet est beaucoup trop complexe, et mes connaissances trop limitées pour oser m’y attaquer. À peine ce blogue est-il engagé parfois, quand l’horreur  exige une prise de parole, un cri rauque ou un murmure brisé.  Mais ce doute toujours qui m’assaille. De quel droit est-ce que je m’exprime? Comment puis-je affirmer que mon opinion est plus importante, plus valable qu’une autre? Et dans ce monde pluriel qui est le nôtre, qui peut se targuer de détenir la vérité absolue?

Ce blogue ne parle pas de politique. Non. Mais j’ose croire qu’il parle un peu d’humanité. Et c’est de celle-ci que j’ai envie de causer aujourd’hui. De l’humanité qui s’enfuit comme le sang du poignet d’une suicidée, comme les grains du sablier, comme un chien devant la tempête.

Lire la suite

Ma douleur

17 Juil

« Afficher ses tatouages, c’est en quelque sorte afficher sa douleur. »
Robert Lepage (Le dragon bleu)

Cette phrase s’est imprimée dans ma tête, comme un tatouage, comme celui qui fait partie de moi depuis plus de 10 ans. Je l’oublie souvent. Je ne le vois que rarement. Je l’effleure parfois du bout des doigts, me rappelant soudain la présence de cette vieille blessure.

En lisant cela, j’ai d’abord résisté. Je ne me suis pas fait tatouer pour exprimer ma souffrance. Au contraire. Cela s’est fait dans la joie. Je me suis fait tatouer pour ne pas oublier. Ne pas oublier de rester fidèle à moi-même, dans toute la dualité qui m’habite, et que ce dessin représente. Cette dualité est mon essence. Mais elle est aussi source de douleur, il est vrai. Cette phrase me l’a cruellement rappelé.

Mais je ne vous offrirai pas ma douleur en spectacle.  Ce serait me montrer bien trop vulnérable. Vos regards indiscrets ne me voleront pas ce que j’ai de plus intime.  Je ne le supporterais pas.

Ma douleur m’appartient.  Je sais qu’elle est là, je sens sa présence, comme une légère pression au bas du dos. Je ne la renie pas, non, la renier serait une erreur. Elle me rattraperait tôt ou tard. Je la porte en moi. Sur moi. Simplement, chaque matin, je me fais face dans le miroir et je choisis de ne pas regarder en arrière.

Je tourne le dos à ma douleur et j’avance, droit devant, deux poissons enlacés ondulant au creux de mes reins.

6 mois

27 Juin

Les médecins lui donnent six mois. J’ai relu la phrase plusieurs fois. Il ne s’agissait pas d’un scénario de film, du résumé d’un livre, de la présentation d’une invitée à une émission de variétés… J’étais dans la vraie vie. Là où l’on reçoit des nouvelles des gens que l’on connaît.

Six mois. Je me suis mise à compter. Dans six mois, ce sera Noël.

Hier, je suis allée acheter une baguette. Geste anodin. Quel est le sens de ce geste quand il nous reste six mois à vivre. Est-ce une perte de temps? Est-ce au contraire un moment précieux? Entrer dans la boulangerie, humer les effluves de pain frais, demander la baguette à la jeune fille, lui donner son dû en souriant, lui souhaiter une bonne journée, prendre le sac de papier entre ses mains, serrer juste un peu plus fort pour sentir la croûte résister sous la pression, deviner la mie tendre à l’intérieur… Est-ce que le quotidien devient une perpétuelle source d’émerveillement ou un puits infini de tristesse?

Lire la suite

L’aveuglement

25 Juin

Il lui a arraché les yeux.

En commençant la lecture de l’article, je m’attendais à la violence usuelle. Il lui avait balancé de l’acide à la figure. Cet acte pourtant immonde, je le réalise maintenant, a été banalisé. Nous avons entendu l’histoire tant de fois. C’est horrible. Comment peut-on être immunisé contre ça? Ne plus frissonner à l’évocation de ce geste? Mais c’est ainsi. « Bon, une autre histoire de femme défigurée » … Comment peut-on dire ça? Penser ça? Je suis la première coupable.

Mais il lui a arraché les yeux. Toute la violence contenue dans cette phrase. Toute la haine. De ses mains nues, il lui a arraché les yeux. Parce qu’elle était trop brillante. Parce qu’elle était libre. Parce qu’elle rêvait les yeux grands ouverts.

Lire la suite

Vivre à tue-tête

20 Jan

Mais vous, qu’est-ce qui vous fait pleurer? Et puisque nous sommes entre nous, qu’est-ce qui vous fait rire, danser, prier, descendre dans la rue, vivre à tue-tête?

Ce sont ces questions d’André Ducharme dans l’Actualité qui m’ont arrêtée dans ma lecture distraite, qui ont suspendu la cuillère dégoulinante de lait dans sa course, figé la main flattant le chat. Des mots qui me demandent ce qui me rend vivante.

Et je ne connais pas la réponse. Là, au déjeuner, écoutant d’une oreille distraite René Homier-Roy et sa bande, réfléchissant à la journée de boulot devant moi, tout en feuilletant une revue, mangeant mes céréales et flattant le chat, je ne sais pas.

Lire la suite

Ce qui nous fait

18 Jan

Qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes? Qu’est-ce qui nous construit? Nous définit? Quelle trace restera-t-il de nous? De moi?

Bien sûr, il y a les études, le travail. On passe nos journées sur les bancs d’école, puis des heures et des heures au boulot. J’adore ce que je fais, j’en éprouve une grande fierté et c’est une partie très importante de ma vie. Mais j’ose croire que je ne suis pas que ça.

Je suis aussi la voyageuse curieuse, celle pour qui le bout du monde n’est jamais assez loin. Ma vie est ponctuée de voyages qui l’ont enrichie et transformée. Ils font partie de moi.

Ma famille, mes amis aussi. Les hommes que j’ai aimés. Les enfants que je n’ai pas eu. Tout cela me définit aussi, pour le meilleur et pour le pire.

Mes écrits, ils sont peu nombreux, mais j’aimerais croire qu’ils comptent dans l’équation. Mes photos aussi.

Les gens que j’ai aidés, ceux que j’ai blessés.

Mes éclats de rire. Mes larmes aussi.

Est-ce le regard des autres qui nous créent? Suis-je celle que je sais être, ou celle que les autres croient connaître?

Quand je ne serai plus là, il ne restera de moi que quelques images et quelques mots. Et vos souvenirs.

Mais maintenant, maintenant que je suis bien vivante, qu’est-ce qui fait de moi celle que je suis?

Et surtout, surtout, qui veux-je devenir?

« Life isn’t about finding yourself. Life is about creating yourself. » (George Bernard Shaw)

Life isn’t about finding yourself. Life is about creating yourself.

La boîte aux lettres

15 Jan

Ce matin, en rangeant les cartes de Noël, j’ai ouvert la mauvaise boîte de métal. Il y a celles qui contient les cartes de fête et de Noël, il y a celle des cartes postales, et il y en a une autre pour les lettres.  Oui, je conserve tout. Je ne peux me résigner à mettre à la poubelle des mots qui me sont destinés. C’est pareil pour les courriels. J’accorde trop d’importance aux mots pour les détruire.

Alors, ce matin, j’ouvre cette boîte par erreur. Il y a si longtemps que je n’y ai pas glissé une nouvelle lettre. Si longtemps qu’on ne m’a pas écrit une lettre à la main, sur du beau papier, avec des petits dessins griffonnés dans les marges. L’espace d’un instant, je regrette l’avènement du web, des courriels, des blogues et de Facebook.  Ça passe. Sur le dessus de la pile, une lettre de Mariela, une Cubaine de Holguin. La lettre est écrite en espagnol sur une petite feuille de papier très fin. Je peine à en comprendre tout le sens, mais je saisis que Mariela se rappelle nos conversations sur la plage. Qu’elle me considère comme une soeur. La lettre est datée du 17 février 1994. À la fin de mon bac, j’étais allée passer une semaine à Holguin, dans un tout inclus bon marché, avec ma colocataire.  Une journée, nous avions marché sur la plage jusqu’au village voisin. Des jeunes filles étaient venues nous parler. Elles nous avaient invitées chez elle et nous avaient montré à danser la salsa. J’imagine que Mariela est l’une d’elle. Mais je ne me souviens pas. Il y a 17 ans, une jeune Cubaine a pris le temps de m’écrire une gentille lettre, et j’ai oublié son visage. C’est triste. J’espère au moins que je lui ai répondu…

Lire la suite