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La petite fille qui aimait Frida

25 Fév

Frida Kahlo.« Tu portes une main de Fatima? » La question m’a fait sourire. Tout le monde ne connaît pas le symbole de la main de Fatima, et encore moins les fillettes de 9 ans. « Moi aussi, j’en avais une, mais on me l’a volée. Ça fait très longtemps. » Je me suis demandé ce que signifiait « très longtemps » pour un enfant. Je ne l’ai pas interrogée. Elle était tellement sérieuse. Elle m’a invitée à entrer dans sa chambre. M’a fait visiter l’espace exigu. Le coin lecture, avec sa petite bibliothèque et son gros coussin. Le coin bureau, caché derrière un voile transparent. Elle accompagnait la visite de commentaires. « Ça, c’est une photo avec ma meilleure amie. » « Elle, c’était ma meilleure amie avant. C’est encore mon amie, juste plus ma meilleure amie. » « Ça, ce sont des bracelets que je fais. » « Avant, ma couleur préférée, c’était le mauve, maintenant, c’est le vert. » Du salon me provenait le brouhaha des conversations. Le calme paisible de cette chambre et de celle qui l’habitait me plaisait vraiment. J’aimais cette singulière fillette qui semblait pouvoir passer de l’enfance à l’âge adulte en un instant. Je me disais qu’elle devait avoir une vieille âme. Je ne sais même pas si je crois aux âmes. Et pourtant, devant elle, oui. Elle m’a invitée à gravir l’échelle peinte en bleu qui montait à son lit, en haut de l’espace bureau. Je me suis hissée sur les barreaux. Sur le mur, en face de moi, un collage d’images. Des chats, des princesses, « Je vais les enlever, c’est quand j’étais petite que j’aimais les princesses », la famille, les amis, des dessins, et… Mes yeux ont croisé un regard vibrant que je connais trop bien. Deux billes noires sous d’épais sourcils. La longue chevelure relevée sur le dessus de la tête. Les fleurs, les bijoux, les vêtements colorés. « Tu as une photo de Frida Kahlo. » Ce n’était ni une question, ni une affirmation. Plutôt une exclamation. Combien de petites filles de 9 ans collent une photo de Frida Kahlo au-dessus de leur lit? « Oui, j’aime beaucoup Frida Kahlo. » Je suis descendue de mon échelle. Me suis tournée vers elle. « Moi aussi. » Elle a hoché la tête. Elle comprenait. « Merci pour la visite. » Et je suis retournée au salon, laissant à ses jeux la petite fille qui aimait Frida.

Une colombe révolutionnaire

23 Avr

Frida. La voir vivre m’a donné envie de me replonger dans Diego et Frida. Comme ce couple est beau et fort et inspirant! Et pourtant comme ils ont souffert tous les deux. Un éléphant et une colombe. Comme elle a souffert, elle, surtout. Quels artistes…

Hier, je suis tombée sur un passage où Le Clézio parle de l’engagement. On le sait, la peinture de Diego Rivera a toujours été très engagée, à un point tel que sa fresque au Centre Rockefeller a été cachée puis détruite, avant même de voir véritablement le jour. Frida est une femme engagée. Et pourtant, sa peinture ne l’est pas. Elle est tournée vers l’intérieur et parle de souffrance et de solitude. La peinture de Frida bouleverse alors que celle de Diego dérange.

Quelle œuvre a le plus d’impact? Celle qui bouleverse ou celle qui dérange? Je ne sais pas. Je me demande simplement si l’art a besoin d’être engagé. Si c’est là la meilleure façon de toucher et d’espérer créer un remous dans un océan d’indifférence.

Frida, si troublante, n’est-elle pas la plus révolutionnaire des deux? Celle qui a su émouvoir les gens dans ce qu’ils ont de plus secret, de plus vulnérable? Et toute révolution ne commence-t-elle pas de l’intérieur?

Voir Frida pour la première fois

18 Avr

J’adore Frida Kahlo. Je vénère Frida. Je ne saurais dire ce qui me touche tant dans ses autoportraits. Son intensité, son courage, sa beauté, son talent, sa folie, sa douleur, sa fierté. Ses tableaux me troublent et m’apaisent. Dans son regard noir, je cherche des réponses. Mais je ne connais pas les questions.

Et pour la première fois, je la vois vivre. Je la vois amoureuse, je la vois majestueuse, je la vois malade, je la vois souffrante. Je suis bouleversée. Pardonnez-moi, les mots me manquent.

Les sourcils de Frida

15 Mar

Croisée sur le trottoir: une petite fille d’à peine 3 ans, emmitouflée dans son habit de neige. Elle marchait maladroitement en tenant la main de son père. La mère, voilée, suivait à petits pas. L’enfant a levé de grands yeux noirs emplis de curiosité vers moi. Un petit sourire complice sur les lèvres. Le bout du nez rougi par le froid ou un bon gros rhume. Et ses sourcils! Ses sourcils… Les sourcils de Frida sur un bébé. J’ai dû la dévisager longuement pour m’assurer qu’ils étaient bien réels. J’ai perdu pied sur la glace, effectuée une figure acrobatique avant de reprendre l’équilibre. Elle a ri. Craquante.