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Vivantes

13 Juin

Elle m’a dit «Tu lui donneras beaucoup d’amour. Elle en aura besoin.»

J’ai répondu «Je serai là pour elle.»

Elle a ajouté «Vous allez vous apporter beaucoup l’une et l’autre.»

J’ai dit «On ne se lâchera pas, ne t’inquiète pas.»

Elle avait les yeux brillants. J’avais la gorge nouée.

Je ne sais pas pourquoi la mort s’est glissée dans la conversation. Je ne sais pas pourquoi nous nous sommes mises à imaginer le pire. Sa fille soudain orpheline. La petite et moi comme deux naufragés nous accrochant l’une à l’autre. Nous ne voulions pas écrire ce scénario terrible. Il n’avait aucune raison d’exister. Et pourtant, il s’est imposé à nous, nous a refusé le refuge quotidien du déni ordinaire.

Regardez. Regardez la mort en face, les filles. On ne sait jamais.

Nous avons versé quelques larmes sans détourner le regard.

Puis l’ange de la mort s’est envolé. Le bruit de ses ailes a fait place au silence.

Un grand éclat de rire nous a traversées. Nous étions vivantes. Tellement vivantes. Plus que jamais. Vivantes.

La cruauté

25 Sep

À la fin de son courriel,  son courriel si triste, si bouleversant,  il a écrit « Ne vous en faites pas si vous êtes sans mot ».

Je suis sans mot.

Quand la vie est si injuste, on ne peut que s’incliner et admettre notre impuissance.

Quand la mort frappe là où on attendait la vie, on ne peut que fixer le vide en tentant de reprendre son souffle

Quand la vie est absurde à ce point, il n’y a rien à comprendre.

Quand la mort se loge dans le ventre d’une mère,  plus rien ne fait de sens.

Devant tant de cruauté, il n’y a rien à dire.

Rien à écrire.

Il ne reste que les larmes.

Et peut-être l’amour.

Mais je ne sais pas.

Je ne sais rien.

La maman de personne

17 Avr

J’ai croisé ma voisine aujourd’hui. Elle était avec sa fille, une petite blondinette d’environ trois ans qui babille sans cesse et questionne le monde qui l’entoure avec détermination. Ne te lasse jamais, petite Alice, ne cesse jamais de demander pourquoi.

La voisine et moi, nous faisons un brin de jasette sur le trottoir. Nous ne sommes pas amies, c’est à peine si nous nous saluons, mais il fait si beau, je porte mes gougounes, et ce soir, le Canadien joue. Toutes les raisons du monde de fraterniser par une si extraordinaire journée.

Mais la petite Alice s’impatiente. Les conversations de grandes personnes, c’est ennuyant, et ça ne répond pas à ses questions. Du coin de l’oeil, je vois qu’elle tire sur la jupe de sa mère depuis un moment. Ma voisine finit par pencher son charmant visage vers sa fille. Alice me pointe du doigt. Un peu plus, je croirais qu’elle m’accuse de quelque chose. Mais je n’ai rien fait de mal, Alice, je le jure.

– Elle, c’est la maman de qui?

– C’est la maman de personne, Alice. La maman de personne.

Et elles partent toutes les deux, me laissant seule sur le trottoir. Je reste là, je ne bouge pas. C’est où, chez moi? À gauche ou à droite? Je regarde autour de moi, l’espace de quelques secondes, je ne reconnais rien. Je suis sonnée. Puis je me ressaisis et je rentre chez moi.

Personne. Je suis la maman de personne.

Je prends mon temps

9 Avr

Je n’ai pas d’enfant. Vous voyez bien, je m’ouvre à vous. Il faut me laisser le temps. Pas d’enfant, donc. Par choix, oui, mais pas un choix définitif, pas un choix clair. J’ai encore le temps. Je me laisse le temps. S* m’en parle parfois. Il lui arrive même d’insister, bien mollement, avouons-le. Mais il laisse vite tomber.

Une amie, légèrement excédée par sa vie de superfemme, m’a détaillé l’horaire classique d’une journée dans sa vie. J’ai reçu son courriel aujourd’hui. Ça va comme suit :

6h00 – Levée et biberon de Juliette.

6h30 – Juliette mange ses céréales.

7h00 – J’habille Juliette.

7h08 – Je saute dans la douche.

7h12 – Je sors de la douche.

7h25 – Je suis déjà habillée, maquillée (un peu de mascara et de cache-cernes) et coiffée (une queue de cheval).

7h30- Départ pour la garderie.

7h55 – Je me dirige vers le bureau, et j’attrape un café fade et un bagel caoutchouteux en chemin.

9h30 – La journée commence au bureau (il y avait du traffic…).

19h45 – La journée se termine!!!!!!!!!$&?%*& »(*&$()%.

20h40 – Arrivée à la maison… Vidée d’avoir joué au psy avec trois de mes employés au bord du burnout et stressée de ne pas avoir terminé ma présentation pour le lendemain.

20h50 – Mon chum m’explique que la petite n’a presque pas mangé ou bu….. Conclusion : la nuit ne sera pas longue…Et qui se lève étant donné que je suis en congé demain?!

21h00 – Je mange un plat congelé en écoutant distraitement l’homme se plaindre de sa dure journée.

21h20 – Je ne suis plus en état de penser… vite un bain au plus sacrant….

21h45 – Je regarde Juliette dormir. Ce qu’elle est belle.

21h55 – Je dépose la tête sur l’oreiller.

21h57 – Je dors.

23h10 – Mon chum me rejoint.

23h42 – Juliette pleure…

Alors, voyez-vous, moi, de mon côté, je continue à prendre mon temps…

Vous m’excuserez à Mario Dumont de ne pas repeupler le Québec. Peut-être plus tard.