Le bout du monde en 4X4

28 Mar
Trek dans la vallée de la Gali Gandaki.

Trek dans la vallée de la Gali Gandaki

Je suis allée au Népal en 2001, juste après les attentats du 11 septembre.

J’ai marché dans la vallée de la Gali Gandaki, de Muktinath à Galaswor, là où s’arrêtait la route à l’époque. Pendant plus de deux semaines, nous avons partagé le sentier sinueux avec les Népalais, les ânes et les yacks. Nos pas ont foulé des marches sculptées à même le roc et polies par le temps, nos chevilles ont tremblé sur les gros cailloux jonchant le lit de la rivière. Nous avons sauté de pierre en pierre pour traverser des ruisseaux, nous sommes étourdis sur des ponts suspendus vertigineux.  Je me souviens aussi avoir croisé une « ambulance ». Un homme transportant sur son dos une chaise en osier dans laquelle était assis le malade.

Nous traversions de petits hameaux paisibles, dormions bien souvent dans des tentes montées dans la cour d’un habitant ou sur le toit d’un restaurant. Le soir, l’obscurité s’emparait des lieux. Le matin, le thé brûlant et sucré nous tirait de notre torpeur glacée. À Muktinath, alors que mes compagnons de voyage s’attaquaient au col de Thorong La, fiévreuse et grippée, je me suis assise sur une roche et j’ai regardé le soleil se lever sur le village en contrebas. Des sherpas chargés comme des mulets passaient silencieusement sur le sentier à côté de moi, accordant peu d’importance à cette jeune étrangère seule sur sa roche. C’est un de mes souvenirs les plus forts de ce voyage. Plus tard cette même journée, nous avons pris le thé dans un monastère avec la nonne responsable de celui-ci. Quelques jours plus tard, à Tatopani, je faisais par hasard la connaissance de sa sœur.

Ce voyage, mon premier en Asie, m’a bouleversée, et ce trek, transformée.

C’est pourquoi je suis toujours torturée lorsque je lis un article comme celui-ci dans l’Actualité  ou cet autre dans le New York Times. Torturée car je trouve d’une grande tristesse la description que fait le journaliste du New York Times de son expérience du trek de Muktinath à Tatopani. Il y a une route maintenant. Et la route a tout changé. Brisé le charme. Détruit la magie.

Mais je sais aussi que ce charme et cette magie si chers à moi, la touriste en quête d’authenticité,  sont bien souvent synonymes de pauvreté pour les populations locales. Car bien sûr, nous en avons vu de la pauvreté le long de ce sentier. Des habitations précaires, des gens malades, des enfants crasseux, une femme nous offrant son bébé. Cette route leur sera sûrement bénéfique. Les centrales hydroélectriques dont il est question dans l’article de l’Actualité aussi. Nous ne pouvons pas leur refuser ça, nous ne pouvons être contre la modernité pour le reste du monde, alors que nous vivons peinards dans notre confort occidental. Bien sûr, ils ont le droit à des routes, à l’électricité. Bien sûr, ils ont le droit de bouffer du PFK, de regarder la télé, d’être inondés de publicités. Je sais, je suis mesquine, ils ont le droit à la richesse. Point

Je ne peux pas être contre ça. Non, je ne peux pas. Mais pardonnez-moi si je ne peux m’empêcher d’avoir un pincement au cœur à la pensée que le bout du monde est maintenant accessible en 4X4.

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5 Réponses to “Le bout du monde en 4X4”

  1. Marie-Julie Gagnon dimanche 28 mars 2010 à 13:49 #

    Ah! Je partage tellement ton ambivalence…

  2. Jean polet dimanche 28 mars 2010 à 13:57 #

    s’il te plait Paula, met le en poeme, et je t’en ferais une chanson,
    je pourrais aussi l’ecrire moi meme , mais il me manquera toujours cette anecdote vecue.
    A+
    Jean

  3. Paula lundi 29 mars 2010 à 18:18 #

    Malheureusement, la poésie ne me vient pas naturellement. Elle arrive comme ça, sans prévenir, puis elle repart, et met parfois très longtemps à revenir. Je vais quand même essayer de laisser mijoter l’idée, de me replonger dans ce moment pour laisser remonter à la surface les émotions, mais je ne sais pas… on verra…

  4. Jean-Pierre Danvoye jeudi 1 avril 2010 à 17:37 #

    Oui la route a tout changé, détruit la magie. C’est vrai que l’on ne peut être contre ça. Ces régions se développent à notre image et on ne leur donne pas toujours le bon exemple.

  5. Paula samedi 3 avril 2010 à 17:41 #

    Alors, comme il est inévitable que ces régions se développent, où devons-nous aller, quels sentiers devons-nous marcher, avant qu’il ne soit « trop tard »?

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