La rage

26 Avr

Je n’ai ni la prétention ni l’intention de faire un blogue politique. Le sujet est beaucoup trop complexe, et mes connaissances trop limitées pour oser m’y attaquer. À peine ce blogue est-il engagé parfois, quand l’horreur  exige une prise de parole, un cri rauque ou un murmure brisé.  Mais ce doute toujours qui m’assaille. De quel droit est-ce que je m’exprime? Comment puis-je affirmer que mon opinion est plus importante, plus valable qu’une autre? Et dans ce monde pluriel qui est le nôtre, qui peut se targuer de détenir la vérité absolue?

Ce blogue ne parle pas de politique. Non. Mais j’ose croire qu’il parle un peu d’humanité. Et c’est de celle-ci que j’ai envie de causer aujourd’hui. De l’humanité qui s’enfuit comme le sang du poignet d’une suicidée, comme les grains du sablier, comme un chien devant la tempête.

Je ne sais pas si, à long terme, il est mieux de geler les frais de scolarité ou non. Je ne sais pas si le plan Nord assurera notre avenir ou le détruira. Je ne sais pas si je considère encore que l’indépendance est possible.  Je ne sais pas à quoi ressemblera notre société dans 30 ans, ni même dans 10 ans. Je ne sais pas si nous avons les moyens de nos ambitions. Je ne sais rien de tout ça. Rien avec certitude.

Je sais par contre que les images des affrontements dans les rues de ma ville me troublent profondément.   Je sais que je ne peux pas m’identifier à un pays où l’on choisit de relancer le débat sur l’avortement et où l’on préfère laisser mourir ses concitoyens à cause de pénuries de médicaments plutôt que de déplaire aux compagnies pharmaceutiques. Je sais que je ne veux pas vivre dans un pays où l’eau prend feu dans les campagnes et où l’on offre les ressources naturelles aux plus offrants, sans égard pour l’avenir d’une nation et d’une planète.  Je sais qu’un état où l’on bafoue la culture n’est pas le mien. Je sais que le discours de droite, quand il sort de la bouche de jeunes de 20 ans, m’effraie bien plus que la harangue rétrograde d’une élite vieillissante. Je sais aussi qu’un pays où, à cause de quelques casseurs, l’on asperge la jeunesse de poivre et  l’on roue de coups des étudiants un peu turbulents, certes, mais innocents, n’est pas un pays qui me ressemble . Je sais qu’un gouvernement qui méprise sa jeunesse plutôt que de l’écouter ne mérite pas le pouvoir qu’on lui a accordé. Je sais qu’un homme qui se moque de ceux qu’il est censé servir n’a pas droit à mon respect.

Je sais que je veux vivre dans un pays où les impôts que je paie permettront à des enfants d’aspirer à une vie meilleure et à des vieux de mourir dans la dignité. Je sais que je veux contribuer à bâtir une société libre, et que l’éducation, l’ouverture et la tolérance sont les piliers de celle-ci. Je sais que pour mener des projets à terme, des projets de société, il faut pouvoir les imaginer, il faut pouvoir les rêver. Et je sais que si la société dans laquelle je vis refuse à sa population l’espace nécessaire pour imaginer et rêver, si elle tente de bâillonner les voix qui s’élèvent, souhaite soumettre les esprits rebelles, désire tuer l’idéalisme propre à la jeunesse, à ce moment-là,  cette société est condamnée à disparaître.

Je sais que le cynisme n’est pas la solution. Je sais que ces jours gris m’emplissent de tristesse. Je sais que la tristesse est apathique. Je sais qu’il faut la fouetter. Mais que reste-t-il donc ensuite? Qu’est-ce qui peut survivre, après le cynisme et la tristesse? Il reste la rage. La rage qui pousse à agir, la rage qui  lève le poing, la rage qui hurle. Sans violence, mais avec détermination.

Je ne suis sûre de rien. Sauf de ceci. Ne laissez pas la rage se muer en haine.  Car, alors, j’en ai bien peur, alors, nous serons perdus.

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