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En équilibre sur un tapis de feuilles mortes

20 Sep
(Photo : Flickr)

(Photo : Flickr)

Vous avez remarqué? Les feuilles rougissent. Derrière chez moi, la vigne lourde de ses fruits noirs prend des couleurs de grands crus. Cet après-midi, les cheveux en bataille contre le vent, j’ai vu ma première feuille tomber à mes pieds sur le trottoir. D’un jaune éclatant, encore souple et douce. Le temps ne l’avait pas encore craquelée, n’avait pas encore fait son œuvre sur elle comme il l’avait fait sur le visage de cette vieille dame qui est passé près de moi lentement alors que cette feuille à mes pieds avait arrêté ma course.

Le temps prend son temps. Ou plutôt, le temps fait semblant de prendre son temps.

Pour mieux nous leurrer, il donne à l’été des airs d’éternité, il étire les rayons de soleil pour que nous nous languissions dans cette chaleur trompeuse. Il attend que nous nous abandonnions à cette bienheureuse torpeur, que nous fermions les yeux, et vlan! Il nous flanque un tapis de feuilles mortes sous les pieds et le tire de toutes ses forces. Nous nous retrouvons le cul dans la vase, les pieds encore ornés de nos ridicules gougounes, grelottant de froid en contemplant l’hiver s’approcher à découvert.

Chaque matin, alors que nous nous regardons dans le miroir, il est derrière notre épaule. Il nous épie. Celle-ci qui se maquille a-t-elle noté la ridule qui se creuse au coin de son œil? Celui-ci qui se rase a-t-il observé les quelques poils blancs qui lui transpercent les joues? Cette autre qui se badigeonne de crème a-t-elle senti la texture de sa peau changer?  Cet homme qui se peigne remarque-t-il les cheveux qui tombent et ne reviendront jamais? Le temps se tapit au fond de la salle de bain, et attend son heure. Et un matin, sans prévenir, il passe de l’autre côté du miroir, et se montre enfin. À partir de ce moment, il ne se laissera plus oublier. Il nous façonne, nous pétrit comme de vulgaires bonshommes de pâte à modeler. Il fait de nous ce qu’il veut.

Je le guette. Je refuse de fermer les yeux. Et après tout, pourquoi pas. Je vais m’étendre quelques instants. Je vais m’assoupir et jouir du soleil de fin d’après-midi, jouir de ma jeunesse qui un jour ira elle aussi se coucher derrière le hangar du voisin.

Laissez-moi croire encore un peu que l’été est éternel. Laissez-moi croire encore un peu que nous sommes tous éternels.

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Les jours de pluie

2 Août
Les jours de pluie (photo: deviantART)

Les jours de pluie (photo: deviantART)

Il y a de ces journées faites pour l’ennui… Elles commencent au ralenti par une grasse matinée, puis avec un grand café au lait et la lecture distraite des manchettes matinales. La pluie s’amène doucement. Une pluie chaude d’été. Le vent se lève. L’air frais s’engouffre dans la maison par la porte ouverte. Les gouttes tambourinent avec force sur le pavé. Je m’étends sur le lit, caressée par la brise. J’écoute le déluge. Je flotte entre un état de veille et de sommeil. Les yeux grands ouverts. Debout. Lire ce magazine qui traîne sur la table de cuisine. Passer le balai. Plier les vêtements propres. S’asseoir à l’extérieur et regarder la pluie tomber, sans rien faire d’autre. Réchauffer une soupe. Écouter la musique d’une oreille. Essuyer le chat. Laver le bain. Décongeler la sauce pour le souper. Flatter le chat. Tourner en rond.

Puis, il faut sortir. Aller porter le film avant 20 h. Le soleil m’éblouit. Mais quand est-il apparu, celui-là? Un vieux monsieur me salue. Nous bavardons quelques instants. Au coin de la rue, un cycliste me sourit alors qu’il m’évite de justesse. Les cloches de l’église sonnent. Un enfant patauge dans une flaque d’eau. Ça sent bon la terre mouillée. Dehors, c’est la vie!

Quel gâchis, cette journée. Quelle solitude que la mienne. Je déteste l’ennui. Je déteste passer à côté de la vie, empêtrée dans les brumes de mon esprit.

De retour chez moi, je classe des papiers avec l’énergie du désespoir. Tout pour ne pas retomber dans cette torpeur qui m’attire vers le bas. Je retrouve des lettres oubliées. Des lettres d’une autre époque, où je ne m’ennuyais pas, où il y avait des bruits dans cette maison, où je n’étais pas seule… Une époque où j’étais si malheureuse, habitée du sentiment de passer à côté de ma vie justement, enchaînée à un quotidien qui ne me ressemblait pas. Il est si facile d’oublier. J’ai jeté les lettres. Je n’oublierai plus.

Maintenant, ma vie, je l’habite pleinement. Même les jours de pluie. Même les jours d’ennui.

L’ennui, c’est le vide qui accueille tous les possibles.

L’ennui, c’est aussi parfois le prix de la liberté.

Clichés d’hiver

8 Déc
photo-libre.fr)

L'hiver (photo: photo-libre.fr)

La neige qui crisse sous les pas.
Le froid qui pince le visage.
La givre qui recouvre le foulard.
La buée qui voile les lunettes.
La peau qui craque.
Les joues rouges.
Les orteils gelés.
Les doigts engourdis.
La morve au nez.
Les pieds qui glissent.
Le cul à terre.

Et pourtant, en sortant ce matin, je me suis dit « Ah! Enfin l’hiver! »

J’aime mon pays.

Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver.

Allez voter.

Trois amies sous la pluie

26 Juil

Je me souviendrai d’au moins deux choses de l’été 2008. La musique des Lost Fingers et la pluie.  Je vous entends sacrer: « oui, maudite pluie, parle-m’en pas ». Et je sympathise en pensant à tous ceux qui sont en vacances et ont droit à ce temps gris et incertain. C’est moche. Et je préférerai toujours une journée ensoleillée à un jour de pluie.

Mais la pluie teinte mon été d’une touche de folie qui me plaît bien. Un wek-end de camping qui se voulait tranquille se transforme en une lutte joyeuse contre les éléments. Un spectacle en plein air donne lieu à une danse mémorable sous la pluie.  Et cette semaine encore…

J’allais souper avec N*, qui prenait une pause de la vie de famille, et J*, qui prenait une pause de la vie de bar. Alors que nous marchions vers le resto, ce qui devait arriver arriva et le déluge s’abattit sur nous. En trois minutes, nos jolies mises en plis n’étaient plus qu’un lointain souvenir, et nos robes légères nous collaient au corps et laissaient deviner nos courbes pas toujours sensuelles. D’un geste spontané, nous avons enlevé nos sandales et avons marché pieds nus sur St-Denis, bras dessus bras dessous.

J’ai regardé mes deux amies, elles riaient aux éclats alors que le mascara coulait sur leurs joues rougies par le plaisir, les cheveux plaqués sur leurs visages. J’ai observé les rides qui se dessinent lentement au coin de leurs yeux. J’ai admiré le ventre de mon amie N*, ce ventre qui a porté la vie et que révélait sa robe détrempée. J’ai contemplé les yeux pétillants de J* en me demandant quelle nouvelle histoire d’amour impossible se cachait derrière eux.

Je nous ai revues quinze ans plus tôt, marchant sur cette même rue, alors que nous étions adolescentes et naïves et affamées. Aujourd’hui, nous sommes des femmes, des mères, nous avons vécu tant de choses depuis, mais notre amitié est intacte, et rayonne dans l’averse.

Je les ai trouvé tellement belles, je les ai tellement aimées, mes deux amies sous la pluie.

Pédaler dans la ville endormie

8 Avr

Dans les parcs et les parterres ombragés, la neige prend son temps. Elle n’a pas mis tant d’effort à nous tomber dessus pour se laisser oublier si vite. Protégée par l’ombre fraîche, elle se prélasse et nous nargue au passage. Elle régurgite sacs de plastiques, mégots et vieux journaux pour nous rappeler à l’ordre.  Vendredi, elle a même senti le besoin d’en remettre en nous crachotant dessus.

Mais je ne me laisserai pas intimider. J’ai sorti mon bolide, ma vieille bécane, rouge bien sûr, avec le panier accroché au guidon. J’ai gonflé les pneus, décollé les freins et je me suis lancée à la conquête de la ville, de ma ville.  Car oui, parfois, la ville m’appartient. Elle est à moi. À moi.

Pour le plaisir, hier soir, j’ai pédalé dans la ville endormie, glissant doucement dans les rues de mon quartier.

Il y a moi, mon vélo, la ville silencieuse, le vent dans mes cheveux et le froid qui me pique les joues.

Je suis libre. Libre.

Et demain matin, je dois me lever tôt pour aller travailler.

Un seul? C’est moi qui ai dit ça?

12 Mar

Ce ne sera pas facile… Choisir un seul instantané de ma journée, un seul moment à immortaliser avec mes mots. Je ne sais pas si j’ai envie de parler de ce jeune punk aux yeux et aux cheveux en bataille du même bleu ciel que son pantalon. Une pub de iPod ambulante avec ses écouteurs blancs. Il était sublime. Où cette dame assise juste à côté de lui dans le métro, si bien mise, le petit sac Chanel sur les genoux, trois lourdes rangées de perles se laissant deviner sous le manteau de fourrure, en train de lire un roman de Jackie Collins, Chances. Bien sûr, le jeune punk me semble beaucoup plus intéressant, mais je ne connais rien de leurs vies. Je pourrais l’inventer, c’est si facile et si amusant d’inventer des vies à des inconnus. Mais je ne suis pas là pour inventer, je suis là pour capter des moments anodins et en faire des moments inoubliables.

Je pourrais aussi parler de mon banc de neige ou tenter de décrire le trottoir devenu sentier devant chez-moi. Je pourrais m’attarder sur ce que j’ai mangé aujourd’hui, soupe marocaine, croque-monsieur. Et si je faisais d’une gorgée de porto un souvenir indélébile? Et si j’écrivais tout ce qui m’a fait rire dans la journée? Et si… et si…

La journée à me demander « Et si c’était ça, mon cinq minutes? », « Et si je parlais de lui, d’elle, d’eux? »,  » Comment j’écrirais ceci? Cela? »…

Plus le temps de lire dans le métro, je dois observer. Plus le loisir de rêvasser en marchant, je dois voir. Je suis là. Toute là. Et c’est épeurant. Bon, je vais aller me regarder dormir…