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Chronique animalière

29 Nov

Que j’aime lire Foglia quand il écrit ainsi! Que j’aime Foglia. Point.

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La queue en moins

22 Mai

C’est un courailleux, je le sais. Il adore se balader dans le quartier, prétendre que je n’existe pas, qu’il n’a pas besoin de moi, qu’il est invincible… Il court après le trouble. Il ne se dompte pas. Avec l’arrivée du printemps, c’est pire. Chaque année, il remet ça. Voilà où ça l’a mené. Il ne m’a pas laissé le choix. Demain, c’est la queue en moins qu’il reviendra à la maison.

Que vouliez-vous que je fasse? Il est revenu la queue pendante et purulente, complètement insensible à mes bons soins. Nous avons dû aller consulter. Le verdict est tombé. L’infection s’est propagée. Le sang ne se rend plus à l’extrémité. Les nerfs sont morts. Il faut amputer.

Le vétérinaire vient d’appeler. Mon gros minet va bien. Je vais le chercher demain soir. Il m’a fait peur, le salopard.

Un carré de soleil

12 Mai

Au Myanmar, le gouvernement refuse l’aide à son peuple qui se meurt par milliers. En Chine, le bilan du séisme s’élève maintenant à près de 10 000 morts. Au Liban, le conflit fait rage de nouveau.  Et moi, je suis une éponge qui absorbe ce désespoir. Je suis gorgée de trop de souffrances et ne sais qu’en faire. Vous la ressentez, vous, cette douleur de l’autre bout du monde?  Elles vous touchent, ces images d’enfants hagards près de leurs parents aux yeux éteints? Et vous faites quoi?

Moi, quand je n’en peux plus de revoir ces images et de les ressasser dans ma tête, j’essaie de porter mon regard sur les petites choses. De voir la beauté autour de moi. Tiens, un chat, quelle jolie petite chose. Plusieurs chats, c’est encore plus mignon. Et il y en a beaucoup dans ma cour. Parfois tous à la fois, mais le plus souvent, ils s’échangent la place de choix à tour de rôle. Sur la dalle de béton, ils se prélassent au soleil en se frottant le dos. Ils sont maintenant si habitués à ma présence qu’ils ne s’enfuient même pas lorsque j’ouvre la porte.

Mon préféré est souvent là, ce chat de ruelle qui a survécu à l’hiver. Un corps compact, mais svelte, agile et gracieux, pas du tout impressionné par l’humaine que je suis, mais jouant la carte de l’indépendance à fond. Ça me fait toujours plaisir de le voir.

Quand je suis revenue ce soir, il était là. Il se claquait son petit roupillon de fin de journée. J’ai ouvert la porte, il a à peine sourcillé. Je suis restée debout sur le balcon. Il s’est étiré langoureusement, m’a regardée du coin de l’œil et s’est lentement éloigné vers le fond de la cour. Je me suis assise sur la dalle de béton. J’ai mis la main là où se tenait le gros minet quelques minutes auparavant et j’ai caressé le sol rugueux. La place était chaude. Je m’y suis blottie. Et enfin, l’éponge s’est vidée de son eau. Dans le carré de soleil, j’ai pleuré mes morts. Nos morts.

Les premiers signes du printemps

1 Avr

Je suis revenue à pieds. Du travail à chez moi, c’est près d’une heure. J’avais besoin de faire prendre l’air à mes idées.

1er avril. Les monticules de neige se déclinent dans un joli camaïeu de bruns. Les trottoirs sont jonchés de bouts de papier, de bouteilles de plastique et de vieux mouchoirs rappelant les nez qui coulent. Près des portes d’entrée de l’université, une multitude de mégots trempent dans les flaques de neige fondue. La ville est laide.

Et pourtant, les gens sourient. Ça ne leur prend pas grand chose. Un rayon de soleil qui perce les nuages, quelques degrés au-dessus de zéro, et hop!, la bonne humeur s’empare d’eux avec autant de facilité que mon chat attrape un poisson dans un bocal (je vous raconterai).

Une jolie fille déambule en camisole, le manteau sur le bras (elle exagère). Un irréductible a décidé d’exhiber ses mollets poilus (too much information). Une femme a peine à maîtriser son chien, excité par toutes ces odeurs (tous les goûts sont dans la nature). Sur les terrasses, rue St-Denis, quelques tables ont été installées en vitesse. Emmitoufflés dans leurs manteaux, des gens heureux trinquent au retour du printemps.

J’ai envie de m’asseoir avec eux. Mais je suis seule et je ne reconnais aucun visage. Alors, je marche.

Des traces de pas dans la neige

13 Mar

Il est revenu. À chaque tempête, je me demande s’il reviendra. Puis, je me lève un matin et il est là. Enfin, pas lui, mais une trace de sa présence. Et je souris. Il est encore vivant. C’est toujours le même parcours. Il saute de la clôture, vient jusqu’à notre balcon, puis repart en bifurquant vers le hangar pour s’évanouir dans la ruelle.
Pour Monsieur Foglia, le mot résilience n’a aucun sens. Je me risque tout de même à affirmer que ce chat de ruelle est la résilience incarnée. Quoique cela veut dire.