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La ville qui n’existait pas

18 Juil

Il y a des villes où l’on ne s’arrête pas. Des villes où l’on ne pose pas ses valises, où l’on ne prend pas le temps de marcher le nez en l’air, où l’on n’a pas envie de prendre le temps de vivre. Il est de ces villes où l’on ne passe qu’en transit, comme si elles n’existaient pas.  Et pourtant, elles existent, elles sont vivantes, grouillantes, accueillantes  même.

Je suis dans l’une de ces villes que je n’avais jamais rêvé, ni même pensé visiter.  À la sortie de l’avion, la plupart des passagers se dirigent vers un autre quai d’embarquement de cet aéroport tentaculaire. Et je l’avoue, je suis un peu jalouse. J’irais bien passer une semaine en Floride comme ma voisine. Je changerais bien de place avec cette toute jeune fille,  pour voyager, moi aussi, sac au dos avec mon amoureux dans un pays exotique.  Mais non, mon voyage s’arrête ici, dans ce non-lieu.

Je marche plus d’un kilomètre pour aller récupérer ma valise, sans blague, puis je m’ engloutie dans le métro. Tout de suite, un charmant monsieur m’accueille pour m’aider.  « It’s love at first sight, miss ! ». Nous rigolons. Dans le métro, deux immenses femmes de la sécurité de l’aéroport s’assoient à mes côtés, plongées dans une conversation sur la volonté de Dieu et le rap.  À ma sortie du métro, je demande mon chemin. Une dame me conseille de continuer jusqu’à la prochaine station.  Mais non, mon hôtel est à côté, madame! Dès que je suis dehors, je comprends. Un quartier glauque, mais pourtant animé… et j’y suis la seule blanche, qui, de plus, se balade avec sa valise design et son précieux portable.  Et pourtant, on me sourit, on m’indique le chemin à prendre. .. Il n’y a rien à craindre… ou alors, j’ai une bonne étoile.

Une ville vivante, grouillante, accueillante, je vous disais.  J’ai hâte de la visiter demain!

Pourquoi partir (2)

12 Jan

Gaza. Les morts, les innombrables blessés, la terreur, la haine, la cicatrice béante qui ne se refermera jamais, un conflit complexe et terrible. Les images me bouleversent, les récits me laissent perplexes, et ce sentiment d’impuissance, une fois de plus…

Mais je ne comprends pas tous les enjeux de ce conflit, l’histoire derrière celui-ci. Je suis consciente que j’ai beau compatir de tout mon coeur avec la douleur des victimes de cette guerre insensée, je ne la ressens pas dans mes tripes… Mais lorsqu’une catastrophe s’est une fois de plus abattue sur le Myanmar, lorsque j’apprends qu’un traversier a fait naufrage en Indonésie, lorsqu’un drame se déroule au Népal ou dans un autre pays que j’ai visité, où j’ai fraternisé avec les habitants, joué avec les enfants, alors cela me concerne, moi, personnellement. Je parcours compulsivement les sites d’information à la recherche de plus de détails, je pleure sur les images du malheur, je tente d’aider comme je peux… si peux. Et je constate qu’il en est de même pour les gens qui m’entourent. De par mes récits et mes photos, ils ont l’impression de connaître un peu ces pays, leurs habitants, et sont ainsi plus sensibles à leur malheur.

C’est aussi pour cela qu’il faut partir, pour abolir les frontières, pour tisser des liens, pour devenir plus humains.

Takatakata

11 Jan

Me revoici qui m’excuse une fois de plus d’avoir été silencieuse cette semaine.

Et pourtant, ce n’est pas faute de ne pas avoir écrit, au contraire. Je suis plongée dans mon journal de voyage, que je retranscris, peaufine, réécris. Comment traduire avec des mots ce qui se vit avant tout? Je cherche le mot juste, la bonne tournure de phrase, j’élimine le superflu, tente de faire ressurgir l’essentiel, sans en aseptiser le sens. J’imaginais que cela serait une partie de plaisir, eh bien non, c’est source de frustrations, doutes et maux de tête. Le sentiment de ne pas être à la hauteur de ce que j’ai vécu.

Je retourne donc à mon carnet, et vous laisse sur ces images du film Baraka. Cet endroit magnifique est le temple Gunung Kawi, à Ubud (oui, la petite ville de Mange, prie, aime), sur l’île de Bali. Et vous voyez là de la danse Kecak. J’ai assisté à un tel spectacle au cœur d’un jardin luxuriant, sous une pluie diluvienne. C’est absolument fascinant.

Vous le sauriez, vous, trouver les mots pour décrire cela?

Ici. Maintenant.

2 Déc
www.photos-libres.fr)
Le temps d’une goutte d’eau (photo: http://www.photo-libre.fr)

Je croyais être guérie. Être revenue totalement et entièrement. Avoir réintégré ma vie, mon corps, avoir étanché ma soif d’absolu. Jusqu’au prochain voyage.

Mais ce matin, j’ai reçu un courriel d’un voyageur rencontré en Indonésie. Il est encore à Bali, et nous parle du vert des rizières, du bruit des grillons et de la musique du gamelan. Je le lis et je revois les sourires et la chaleur paisible des Indonésiens. Je goûte les plats épicés, je nage dans la mer en admirant les coraux, je retiens mon souffle sur les routes tortueuses.

Il m’a ramenée là-bas avec lui. Maintenant, il continue sa route en Inde et au Népal. Moi, je reste ici. Et je refais le deuil. Encore une fois.

Puis, je lis cet extrait d’entrevue avec Bruno Blanchet sur le blogue de Marie-Julie, et je me raisonne. « Si t’es pas allé en Inde, t’es juste pas allé en Inde ».

Je suis juste pas allée en Inde. Pas encore. Ça viendra.

Mon ami a raison. Il est bon de vivre.

Ici. Maintenant.

Je m’accroche.

J’ai rêvé d’un pays

27 Nov
India Tourism)

(photo: India Tourism)

Je reviens. Tranquillement, je refais sens de cette vie qui est la mienne, je me réinstalle dans mon petit bonheur, je réapprends à vivre le quotidien.

C’est un soulagement pour moi, et pour tous ceux qui m’entourent j’imagine, de ne plus questionner chacune de ces choses qui composent ma vie.

Vous allez probablement me trouver bien étrange, mais ce retour à la normale est un autre deuil pour moi. Le deuil de toutes les possibilités que j’ai entrevues au retour, de cette lucidité qui était mienne, et que je repousse en dessous du tapis, j’en suis tellement consciente. Parce que ça fait moins mal, parce que c’est plus simple, parce que ça n’exige pas de moi de prendre des décisions que je repousse depuis déjà si longtemps.

Alors, je me remets à rêver. Je fantasme sur la prochaine destination… Je croyais l’avoir trouvée. Je tourne autour depuis si longtemps. Il paraît qu’on en revient transformé à jamais, pas seulement pour quelques jours. L’Inde. Pays mythique. Pays déchiré.

Quel drame, quelle tristesse…

Pourquoi partir

24 Nov

Route sur l'île de Bali

Route de Bali

Je ne compte plus les fois où l’on m’a posé ce genre de questions…

– Qu’est-ce que t’es allée faire là?
– Veux-tu ben me dire ce qu’il y a à faire là-bas?
– Aye, t’aime ça vivre dans’ misère, hein?
– Il paraît que c’est ben sale, là-bas, as-tu aimé ça pareil?
– Est-ce que c’est un pays chaud au moins?
– As-tu pu te reposer?
– Mais comment ça t’es pas bronzée, il a pas fait beau?
– Et… tu es partie en voyage pourquoi au juste?

Chaque fois, je reste interdite. Je ne sais pas quoi répondre à ce genre de questions. Vous le savez, vous?

Pourquoi est-ce que l’on voyage? Pourquoi aller le plus loin possible le plus longtemps possible (jamais assez)? Pourquoi fuir la frénésie de ma vie pour aller me recueillir dans le silence d’un lever de soleil? Pourquoi ce besoin viscéral de partir, d’aller là où l’on n’est jamais allé, de poser le regard sur un bout de terre jamais vu, d’aller à la rencontre d’inconnus en laissant ceux qui nous aiment derrière (mais que l’on voit si peu, de toute manière, car nous somme tous tellement occupés)? Pourquoi cette fascination pour la différence, pour l’Autre?

Pourquoi est-ce que, couchée dans la chaleur de mon lit douillet, de ma vie, je dois m’aggriper aux draps pour ne pas tout laisser derrière moi et repartir là-bas, dormir seule sur ce lit dur, dans cette chambre infestée de bestioles de toutes sortes?
(Reposée? Certainement!)

Pourquoi est-ce que moi qui ne hais tout de même pas l’hiver, je m’ennuie de ces 40 degrés bien humides qui me tenaient en lavette du matin au soir, cherchant le moindre coin d’ombre où me réfugier?
(eh bien oui, voilà, c’est pour ça que je ne suis pas bronzée. En effet, c’est un pays chaud.)

Pourquoi ce besoin de me déstabiliser toujours, d’aller confronter ma réalité à une autre, de me rappeler qu’il n’y a pas qu’une seule façon de vivre, mais une multitude, que nous avons, que j’ai, toujours le choix?

Peut-être simplement à cause de ceci…

Le voyage est un retour vers l’essentiel.

(proverbe tibétain)

De retour

23 Nov

photo-libre.fr)

(Photo: photo-libre.fr)

Je suis de retour.

Il me semble que les retours devraient être plus faciles avec le temps, non? Il n’en est rien. Je reviens bouleversée, ébranlée, je ne suis plus sûre de rien. Toutes mes belles certitudes envolées en fumée. Je questionne tout. Le boulot, les amours, les amitiés.  Je ne suis pas reposante et je m’en excuse.

Heureusement pour vous, je vous épargne. Je me tais.

Mais je suis de retour et j’ai des choses à vous raconter. Seulement… seulement, il faut me laisser un peu de temps. J’arrive.

Une histoire birmane (FIN)

19 Mai

À la veille d’un deuil national de trois jours au Myanmar, je termine ici le récit d’un voyage exceptionnel…

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10 et 11 novembre. C’est à Yangon que se termine notre voyage. Déjà. Nous marchons à travers la ville grouillante de monde. À croire que la population entière vit dans la rue. Alors que nous approchons du marché Bogyoke, l’animation s’intensifie, la foule se fait plus compacte. Les vendeuses de fruits nous crient dans les oreilles, les badauds nous bousculent entre les étals qui bloquent le trottoir. Nous sommes emportés dans un tourbillon de sons et d’odeurs qui nous ravit. Près de la pagode Sule, les militaires ont déserté le parc qu’ils occupaient quelques semaines plus tôt. Après un détour pour aller voir un Bouddha couché de plus de 60 mètres de long, nous atteignons le but ultime de notre périple, la pagode Shwedagon, lieu le plus sacré du pays. Simplement de se trouver là, de marcher autour de l’imposant stupa, de flâner dans le vaste complexe, procure une émotion indicible. Des fidèles versent de l’eau sur la tête d’une statue, des bonzes se recueillent, des femmes s’avancent en rangs serrés et balaient littéralement tout sur leur passage. Le sommet d’or du stupa brille doucement sous la lumière du soleil couchant. Alors que le ciel s’assombrit, la pagode s’illumine. La transition du jour à la nuit se fait sans hâte. Et c’est dans cet état d’esprit que nous nous éloignons, que nous quittons ce pays en or, sans hâte, et, nous l’espérons, un peu meilleurs.