Archive | avril, 2012

La rage

26 Avr

Je n’ai ni la prétention ni l’intention de faire un blogue politique. Le sujet est beaucoup trop complexe, et mes connaissances trop limitées pour oser m’y attaquer. À peine ce blogue est-il engagé parfois, quand l’horreur  exige une prise de parole, un cri rauque ou un murmure brisé.  Mais ce doute toujours qui m’assaille. De quel droit est-ce que je m’exprime? Comment puis-je affirmer que mon opinion est plus importante, plus valable qu’une autre? Et dans ce monde pluriel qui est le nôtre, qui peut se targuer de détenir la vérité absolue?

Ce blogue ne parle pas de politique. Non. Mais j’ose croire qu’il parle un peu d’humanité. Et c’est de celle-ci que j’ai envie de causer aujourd’hui. De l’humanité qui s’enfuit comme le sang du poignet d’une suicidée, comme les grains du sablier, comme un chien devant la tempête.

Lire la suite

Balbutiements

1 Avr

Sur le trottoir, les tables et les chaises s’alignaient le long du mur. Ça lui rappela Paris. Une rue tranquille, quelques restos sympas, des promeneurs arrêtés pour siroter un café, le soleil, et cette table juste pour elle. Elle entra, commanda un capuccino et un grilled-cheese, celui au brie, avec des artichauts et des champignons. Elle ressortit. Sa place l’attendait. Elle s’assit, glissa ses sacs sous la table en tassant du pied les bouts de papier souillés, les mégots encore humides,  les restes de l’hiver. Elle arracha ses lunettes de soleil à sa chevelure rebelle, les planta sur son nez. Elle inspira profondément en rejetant la tête vers l’arrière. Le soleil la réchauffait. Elle déboutonna son manteau, dénoua mollement son écharpe, admira ses ongles oranges, peints le matin même pour ajouter une touche de couleur, un brin de folie à sa tenue.  Son ode toute personnelle au printemps. La serveuse sortit à son tour, déposa le verre de café sur la table. Elle prit une gorgée. Il manquait quelque chose. Elle se pencha, farfouilla dans son sac l’air consciencieux.  Se releva. Dans sa main, elle tenait La foi du braconnier, de Marc Séguin. La couverture immaculée luisait au soleil. Elle porta le roman à son visage, l’huma. Elle aimait l’odeur des livres. Elle raffolait de ce léger craquement qui se faisait entendre lorsqu’on ouvrait un livre pour la première fois. Elle adorait aussi la première phrase d’une histoire. Elle la savourait comme on déguste la première bouchée d’un plat exotique, à la recherche des harmonies des parfums, des subtilités des épices.  « Le lendemain matin, je n’étais pas mort. »

Lire la suite