Junky

23 Août

La première fois, je n’étais pas certaine de le reconnaître. Il sortait du dépanneur. J’ai eu le temps d’apercevoir deux pains blancs dépassant de son sac. Je l’ai croisé de nouveau, au coin de ma rue.  Une fois, deux fois. Et encore aujourd’hui. Il était à vélo. Je me suis demandé s’il l’avait volé.

La mémoire m’était revenue.

Il y a vingt ans, c’était un beau garçon. Allumé. Bohème.

Quelques années plus tard, je l’avais revu à la librairie où je travaillais. Il tentait de cacher un dictionnaire dans son manteau. Je suis allée vers lui. J’ai dit son nom. « Qu’est-ce que tu fais?» Il a levé la tête. Son regard était vide. J’ai eu peur.  « Tu ne peux pas faire ça.» Il a déposé l’épais volume sur la tablette et il s’est enfui.

Je ne me souviens plus de son nom. Tout cela a refait surface. Tout sauf son nom qui se refuse à moi.

Il était revenu. Je le suivais dans la librairie, sans un mot, jusqu’à ce qu’il parte, les mains aussi vides que ses yeux, son manteau flottant autour de son corps maigre. Nous avons répété notre silencieux manège à plusieurs reprises.

Je ne l’ai jamais revu.

Jusqu’à cet été.

Il a les mêmes yeux éteints. Son visage est ravagé par le temps et je ne sais quelle cochonnerie. En toute franchise, j’ai été étonnée qu’il soit toujours vivant.

Je me questionne sur sa vie. A quoi elle ressemble. Où il habite. Mais lorsque je le croise, je ne lui demande rien.

Je regarde ailleurs et j’accélère le pas.

 

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