La boîte aux lettres

15 Jan

Ce matin, en rangeant les cartes de Noël, j’ai ouvert la mauvaise boîte de métal. Il y a celles qui contient les cartes de fête et de Noël, il y a celle des cartes postales, et il y en a une autre pour les lettres.  Oui, je conserve tout. Je ne peux me résigner à mettre à la poubelle des mots qui me sont destinés. C’est pareil pour les courriels. J’accorde trop d’importance aux mots pour les détruire.

Alors, ce matin, j’ouvre cette boîte par erreur. Il y a si longtemps que je n’y ai pas glissé une nouvelle lettre. Si longtemps qu’on ne m’a pas écrit une lettre à la main, sur du beau papier, avec des petits dessins griffonnés dans les marges. L’espace d’un instant, je regrette l’avènement du web, des courriels, des blogues et de Facebook.  Ça passe. Sur le dessus de la pile, une lettre de Mariela, une Cubaine de Holguin. La lettre est écrite en espagnol sur une petite feuille de papier très fin. Je peine à en comprendre tout le sens, mais je saisis que Mariela se rappelle nos conversations sur la plage. Qu’elle me considère comme une soeur. La lettre est datée du 17 février 1994. À la fin de mon bac, j’étais allée passer une semaine à Holguin, dans un tout inclus bon marché, avec ma colocataire.  Une journée, nous avions marché sur la plage jusqu’au village voisin. Des jeunes filles étaient venues nous parler. Elles nous avaient invitées chez elle et nous avaient montré à danser la salsa. J’imagine que Mariela est l’une d’elle. Mais je ne me souviens pas. Il y a 17 ans, une jeune Cubaine a pris le temps de m’écrire une gentille lettre, et j’ai oublié son visage. C’est triste. J’espère au moins que je lui ai répondu…

Il y a aussi des lettres de Lotte, mon amie Danoise. Elle m’écrit de l’Équateur. Me laisse une adresse à La Paz en Bolivie. C’était en 1994. Nous nous étions connues au Bélarus, en 1992. J’ai pleuré quand nos chemins se sont séparés. Je ne l’ai jamais revue. Quand avons-nous cessé de nous écrire?

Dans la boîte, des nouvelles des amis au loin… Celle qui a habité Londres pendant deux ans, celle qui a trouvé l’amour dans l’Ouest, cette autre qui a étudié au Nouveau-Mexique. Mon meilleur ami d’université, lui, me décrit ses pérégrinations en Europe. J’admirais tant son esprit libre. Il me manque. Un autre ami qui adresse sa lettre à « Paula et ses putains de chats ».  15 ans plus tard, ça me fait encore sourire. Il faisait battre mon coeur, celui-là. Et puis, il est sorti de ma vie de façon aussi fulgurante qu’il y était entré.

Il y a des lettres d’amour aussi. De si belles lettres. Ça aussi, j’avais oublié. J’avais oublié que cela pouvait être aussi fort, aussi beau.

Et un poème. Une chanson de Lou Reed:

I find it hard
to believe you don’t know
the beauty you are
but if you don’t
let me be your eyes
a hand to your darkness
so you won’t be afraid
I’ll be your mirror

J’ai remis les lettres dans la boîte, remisé la boîte dans le garde-robe, avec la boîte de cartes postales et la boîte de carte de fête et de Noël.

Je n’en reviens pas de la chance que j’ai. Tous ces mots que l’on m’a offert au fil des ans. Ces mots drôles, touchants, ces mots parfois déchirants. Ces mots qui traduisent l’émerveillement ou la douleur. Tous ces mots pour moi.

Qui a dit que je vivais seule? Je vis avec les mots. Les mots et un putain de chat.

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Une Réponse to “La boîte aux lettres”

  1. Swayiam mardi 8 février 2011 à 10:29 #

    Ô toi amie de toujours, toi qui est mon propre miroir quand je suis perdu…c’est par le détachement que j’ai retrouvé mon essence pur….libre de tout, je suis plus que jamais avec toi.

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