Archive | décembre, 2010

Le temps du tsunami

12 Déc

Art japonais - Tsunami.

Une vague qui emporte tout, qui détruit tout. Juste avant, un grand calme. Les poissons sont partis, les oiseaux aussi. Même la mer semble s’être retirée. Ça fait rire les enfants. Juste avant, un grand silence. Puis l’eau qui revient. Tout doucement, pour commencer. Mais on sent sa force. Elle enserre les chevilles. Un étau qui se referme. Et cette vague qui se forme au loin. C’est beau ce long ruban blanc à l’horizon. De la plage, on ne peut deviner sa hauteur. On ne peut imaginer sa puissance, si ce n’est de l’eau qui vous masse vigoureusement les mollets. Puis, on aperçoit le bateau se renverser. Disparaître. Et alors, on comprend. Alors, c’est la peur qui vous serre le ventre. La peur qui vous dégage de l’emprise de l’eau et vous fait courir, courir. Et pourtant, vous continuez à filmer. La caméra tourne. On entend les cris, on voit l’eau vous rattraper. Vous montez l’escalier. L’hôtel tremble, mais il tient bon. Celui-là tient bon. Vous êtes sauvés. Et vous assistez impuissants à la mort des autres. Ce couple âgé, vous leur tendiez la main. Ils étaient tout près. Et puis, la structure à laquelle ils s’agrippaient a cédé. Ils sont disparus dans le grand remous. Au loin, un homme s’accroche à un palmier. Vous l’encouragez. « Hold on! Hold on! » Mais il ne vous entend pas. Le silence a fait place à un vacarme sans nom. Et à travers le vacarme, les cris. Ils fusent de partout. Ils s’éteignent. Mais d’autres cris, il y a toujours d’autres cris pour remplacer ceux qui s’épuisent. Vous les entendrez pour le reste de vos jours. Quand l’eau se retire, vous vous enfuyez dans la montagne. Vous grimpez constamment plus haut. On dit que la prochaine vague sera plus dévastatrice encore. Et qu’il y en aura une autre et une autre. Le lendemain, vous redescendez, vous retournez là-bas, au bord de la mer. Il fait beau. Tout ce temps, il fait tellement beau. Et vous êtes vivants.

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