Archive | avril, 2010

Par la fenêtre

25 Avr

Couchée au-dessus du vide
Je regarde la vie qui fourmille tout en bas
Le soleil se couche au loin sur les collines
Ses derniers rayons chatouillent ma peau à travers la fenêtre
Cette fenêtre qui est tout ce qui me sépare du monde
En bas, il fait sombre, il fait froid
Le soleil ne réchauffe plus les terrasses sur les trottoirs
Et pourtant vous résistez
Vous remontez les cols, resserrez les foulards
Vos orteils se crispent dans vos sandales
Mais vous restez là à siroter votre bière
À faire semblant que l’été est arrivé
Mais il n’en est rien
Je le sais bien, moi, là-haut, qui vous observe
Je sais que dehors ce n’est pas l’été
Mon corps me le dit
Il y a encore des vents d’hiver qui le traversent
Qui le font frissonner
Le soleil caresse les collines maintenant
Il s’y glisse comme l’amant sous les couvertures
Le ciel s’embrase
Vous accélérez le pas
Il ne sert à rien de faire semblant maintenant
Allez, allez vous réfugier dans vos divans
Allumez la télé
Et continuez d’y croire
Ce ne sera plus bien long
Le soleil ne m’a laissé
qu’un ciel flamboyant pour me consoler
Et, au loin, un avion qui s’éloigne
Je vais fermer les rideaux
Je vais allumer la télé

Des tourtereaux dans le métro

11 Avr

Ils ont 20 ans. Ils sont beaux.  Ils se ressemblent. Il se tient au poteau. Elle s’aggrippe à lui, les bras autour de sa taille. Lui, de sa main libre, lui caresse les cheveux. Les yeux dans les yeux, ils se murmurent des mots que je n’entends pas. La fille détache enfin son regard de l’homme devant elle, elle prend conscience des gens qui l’entourent. On dirait qu’elle cherche quelqu’un. Elle dit quelque chose à son petit ami, en pointant l’extrémité du wagon du menton.

– Je vais aller la chercher, dit-il.

Il revient.

– Elle ne vient pas. On dirait qu’elle est fâchée. Elle ne m’a pas parlé.
– Pourquoi elle serait fâchée?
– Mais je ne sais pas, moi. Tu as une idée?
– Non, je ne sais pas.
– C’est bizarre.

Non, ce n’est pas bizarre. Je ne sais pas qui est cette fille qui refuse de venir rejoindre ses amis. Je ne connais pas leur histoire. Mais je sais pourquoi elle préfère rester là-bas, au bout du wagon, loin de vous.

C’est parce que votre bonheur fait mal, parce qu’il n’y a que l’autre qui existe dans votre regard, parce que le désir qui émane de chacune des pores de votre peau se sent, parce que la bulle dans laquelle vous respirez étouffe ceux qui vous entoure. Parce qu’à vous regarder, on se sent terriblement seul.

Alors, on préfère détourner la tête. On préfère faire semblant que vous n’existez pas. Pour oublier à quel point vous êtes vivants.  Et à quel point nous sommes morts en-dedans.

Un papillon sur le chemin

4 Avr

Depuis que j’écris ce blogue,  je suis plus sensible au moment présent, mais aussi à tous les écrits qui m’y ramènent. Deux ans déjà que je lis et relis, note et annote, murmure et fredonne ces mots qui me donnent à réfléchir. Ces mots qui me recentrent.

En ce dimanche pascal, je vous offre en partage cet extrait du magnifique roman de Carole Martinez, Le coeur cousu. Un bijou que je vous encourage à lire, pour vous y abandonner avec volupté.

Il arrive qu’on interrompe une promenade, oubliant même ce vers quoi l’on marchait, pour s’arrêter sur le bord de la route et se laisser absorber totalement par un détail. Un grain du paysage, une tache sur la page. Un rien accroche notre regard et nous disperse soudain aux quatre vents, nous brise avant de nous reconstruire peu à peu.  Alors la promenade se poursuit, le temps reprend son cours. Mais quelque chose est arrivé. Un papillon nous ébranle, nous fait chanceler, puis il repart. Peut-être emporte-t-il dans son vol une infime partie de nous, notre long regard posé sur ses ailes déployées. Alors, à la fois plus lourds et plus légers, nous reprenons notre chemin.

Tout est dit. Il y a des jours où je me demande pourquoi j’écris.