Je n’ai pas osé…

18 Jan

Ce matin, mon chauffeur de taxi était haïtien. La radio était forte dans la voiture qui sentait le parfum bon marché. Quand ils ont donné des nouvelles d’Haïti, il a monté le volume encore un peu. Nous avons écouté en silence le journaliste dénombrer les morts. Il faisait encore nuit, je n’arrivais pas à déchiffrer l’expression sur son visage.

J’ai eu envie de lui demander s’il avait de la famille là-bas. S’il avait des nouvelles. J’ai eu envie de lui dire «Je trouve ça terrible ce qui arrive à votre peuple, monsieur, à votre pays». Envie de lui offrir un peu de réconfort, de partager sa peine. Mais la radio jouait à plein volume. J’ai pensé que peut-être il n’avait pas envie, lui, de partager sa peine avec moi. J’ai pensé que peut-être il nous trouvait bien risibles, nous qui, quelques semaines plus tôt, ne parlions de son peuple que pour ressasser les émeutes à Montréal-Nord, les gangs de rue, la drogue, la violence… Nous qui ne prenions jamais de nouvelles de sa famille, ne nous informions pas de son pays, ne demandions pas «Et vous, monsieur, comment ça va aujourd’hui?»

J’espère que nous n’oublierons pas trop vite. J’espère que notre sympathie pour le peuple haïtien ne s’étiolera pas. J’espère que nos bras ouverts ne se refermeront pas sur le vide.

Ce matin, je n’ai pas osé… J’ai cru que je devais respecter l’ intimité, la dignité de mon chauffeur de taxi.

Je me doute bien qu’il ne lira jamais ce billet, mais, monsieur, sachez que j’aurais voulu vous demander des nouvelles de votre famille. Sachez que mon intérêt et  ma tristesse sont profonds et sincères.

Sachez, monsieur, que je n’oublierai jamais.

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4 Réponses to “Je n’ai pas osé…”

  1. Androusse lundi 18 janvier 2010 à 21:54 #

    Tes écrits son sublime, je ne vois pas ce qui aurait faussé dans l’taxi. Le sujet lui brule les lèvres d’en parler à n’importe qui. Parle la prochaine que l’émotion te fait don ! xx

  2. Kerozen lundi 18 janvier 2010 à 23:29 #

    Les chauffeurs de taxi adorent les clients qui leurs adressent la parole, je sais de quoi je parle pour le faire à chaque course. Je commence toujours par regarder son nom sur son permis afficher dans la voiture et lui dit un beau Bonjour M. Un tel, ça roule? Un petit truc infaillible. Certaine fois, ils se demandent comment cela se fait-il que je connaisse leur nom. Toujours une entrée en matière réussie et sympathique.

  3. Soi mardi 19 janvier 2010 à 00:53 #

    Peut-être que l’essentiel de ce moment était d’être dans une sensibilité toute délicate qui s’exprime en silence pour offrir un état d’amour et de compassion?!?Merci.

  4. Paula mardi 19 janvier 2010 à 19:39 #

    Justement, je ne cherchais pas une façon de l’aborder, je sentais à ce moment précis que la plus grande marque de respect et de compassion que je pouvais offrir était le silence, malgré mon désir, à moi, de parler. Peut-être que je me trompe, mais je crois, parfois, que c’est ce dont les gens ont besoin. Un peu de pudeur. Un peu de silence.

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