Une larme pour Haïti

16 Jan

Vendredi matin. Métro de Montréal. Une jeune femme noire lit le journal. Je me demande si elle est haïtienne. Je me demande si elle a de la famille là-bas, si elle a eu des nouvelles. Je me demande si sa grand-mère, ses tantes, ses cousins, ses amis sont tous vivants. Je me demande si elle vit dans l’angoisse depuis des jours. Je me demande comment elle fait pour être là, assise sur son siège de plastique bleu, au milieu de tous ces gens qui s’entassent dans le wagon. Comment fait-elle pour regarder ces pages couvertes de photos, toutes plus horribles les unes que les autres, pour lire ces chiffres, qui ne cessent de gonfler. 50 000… 100 000… 200 000. Comment fait-elle pour ne pas pleurer?

Je ne comprends pas comment on peut supporter le quotidien lorsque le malheur emporte tout. Comment on peut encore blaguer autour de la machine à café, se plaindre de ce vilain rhume qui ne s’en va pas, magasiner les télévisions à écran plasma. Et pourtant, il le faut, je sais. Il faut que la vie continue. Les rares scènes apaisantes à Haïti nous montrent les marchands de fruits et de légumes assis au milieu des ruines. Les enfants qui jouent. Les femmes qui chantent. Il est là, l’espoir, il est dans cette vie qui renaît, dans ces gestes banals du quotidien. Mais alors, pourquoi ce quotidien me paraît-il parfois si obscène?…

Discrètement, la jeune femme essuie une larme. Je vois sur son visage le combat qu’elle livre aux torrents qui bouillonnent en elle et qui menacent d’éclater au grand jour, ici, dans ce wagon de métro plein de travailleurs rêvant déjà au week-end. Elle cligne des yeux, feint d’y chercher un cil qui y aurait malencontreusement glissé, au moment précis où elle fixait ces images de fin du monde. Elle semble réussir enfin à contrôler le flot d’émotions qui la submerge. Ses épaules se relâchent un peu. Elle ferme le journal et y dépose sagement les mains, le regard rivé au sol. J’ai envie de la prendre dans mes bras. Envie de lui confier à quel point j’admire son courage. Que j’aimerais pouvoir l’aider. Lui donner un peu d’espoir.

Mais je reste là, accrochée à mon poteau…

Sans rien dire…

Sans rien faire.

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Une Réponse to “Une larme pour Haïti”

  1. Kerozen samedi 16 janvier 2010 à 18:02 #

    Ouf…émouvant ce texte! J’aurais eu cette même envie.

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