La vie normale

5 Jan

Matin d'hiver à Montréal.

Un petit matin gris. Une fillette en habit de neige rose s’arrête devant chez moi. Elle hésite face à ma pelle pleine de flocons blancs. Je lui souris et lui dis de continuer son chemin. Je la regarde s’éloigner, son sac d’école rebondissant sur ses fesses. Un autre enfant passe, puis un autre. Les vacances sont terminées. En marchant vers le métro, je croise le même jeune homme que d’habitude. Indien, je crois, ou Pakistanais peut-être? Que sais-je de ses origines et de son passé. Il a fière allure maintenant. Il y a quelques années, sa tuque trop grande et son manteau trop petit lui donnaient un air comique. Il me sourit timidement. Au coin de la rue, je m’arrête. Des automobilistes filent jusqu’à la prochaine lumière rouge.

C’est le retour à la vie « normale ».

Dans le métro, la foule. Travailleurs et étudiants s’entassent dans les wagons. Je descends. Un musicien se cogne la tête sur le mur. Je me dis qu’il doit être un peu cinglé. Je m’approche.  Visage ravagé, yeux exorbités, pas l’air bien. Il cesse son manège, prend sa guitare, et se met à chanter.  Sa voix puissante me transperce. Métamorphosé. Que sais-je de l’art. Que sais-je de la folie.

Dehors. Je traverse le carré Saint-Louis, marche sur Prince-Arthur. Le silence des derniers jours a fait place aux bruits habituels de la ville. Bribes de conversation glanées ici et là, moteurs ronronnants, pneus dans la gadoue, klaxons, des pas derrière moi, sifflotements, toussotements, un chien qui jappe, des sirènes, une porte qui se ferme, un téléphone qui sonne.

Au milieu du trottoir, une femme gronde son fils. Une petite fille, assise dans la luge tirée par la dame, en profite pour s’éclipser et décide d’aller se balader. La mère la rattrape. Le garçon pleure. La petite aussi. La mère crie.  Je tente un sourire. Elle détourne le regard. Pas facile, la vie normale… Que sais-je de la vie d’une mère.

La ville reprend son rythme. Les deux pieds dans la gadoue au coin de la rue, je la regarde vivre.  Le nez humide,  les doigts gelés, je la hume et je l’étreins.  Je la retrouve avec un plaisir renouvelé, ma ville sale et cosmopolite, ma ville aux allures de village et aux ambitions de métropole, ma ville colorée, ma ville pleine de défauts, de bosses et de trous. Ma ville où j’aime tant vivre.

Ce matin, je la traverse, et je pense à Lhasa. C’était sa ville. Elle l’avait choisie. Je regarde ma ville et je pense à Lhasa et je vois ce qu’elle voyait. Je vois comme elle est belle, ma ville, dans toute son humanité. Mais que sais-je de la beauté.

Mais que sais-je de la mort.

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2 Réponses to “La vie normale”

  1. Ceciel mercredi 6 janvier 2010 à 09:27 #

    Merci pour ce beau texte.

  2. Paula mercredi 6 janvier 2010 à 19:31 #

    Merci d’avoir pris le temps de vous arrêter chez moi. 🙂

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