Au coin de ma rue

6 Sep

J’attends pour traverser la rue. L’été s’étire langoureusement dans le mois de septembre. Il fait chaud et humide. Un temps de gougounes. À côté de moi, une jeune famille. Les parents n’ont pas l’air d’avoir plus de 25 ans. Le père porte fièrement sa fille sur ses épaules. Elle doit avoir 3 ans. De magnifiques cheveux lui descendent jusqu’au milieu du dos, blonds et bouclés, encadrant parfaitement son minois espiègle. Le portrait parfait d’une famille heureuse.

Et pourtant, c’est une famille pas comme les autres. La petite porte un jean, des bottines noires, un t-shirt noir et une casquette… noire. J’adore! Les parents, tout de noir vêtus, arborent perçages et tatous, et sont perchés sur des bottes à semelles compensées… très compensées. Je les trouve vraiment mignons.

Soudain, arrive ma voisine poussant son mari dans son fauteuil roulant. Ma voisine est italienne, porte des robes d’intérieur fleuries qui laissent deviner ses seins pendants et ses varices lorsqu’elle arrose abondamment son bout de trottoir chaque matin. Ses cheveux revêches lui font une drôle de tête et son maquillage… son maquillage est trop, tout simplement. Elle parle à tout le monde, et engueule mari, enfants et petits-enfants à longueur de journée. Ma rue ne serait pas ma rue sans ma voisine.

– Vous avez grandi! S’exclame son mari devant le jeune couple, qui reste tout d’abord perplexe devant ce vieux monsieur qu’ils ne connaissent pas, de toute évidence.

Soudain, le visage de la maman s’éclaire. Elle monte une jambe et fait valser son pied devant les yeux du vieillard.

–    On s’aide un peu, répond-elle, bonne joueuse.
–    Vous n’avez pas chaud?, demande ma voisine.
–    Non, c’est très confortable, je vous assure.
–    Et votre petite fille, elle n’a pas chaud habillée en noir?, s’inquiète ma voisine, qui, décidément, s’intéresse beaucoup au sort de ces drôles d’oiseaux.
–    Non, non, mais ce n’est pas une petite fille, c’est un garçon!

Un garçon?!? Je n’aurais jamais deviné… Je m’éloigne, laissant au coin de ma rue, de jeunes marginaux, un petit garçon sur les épaules, en grande conversation avec de vieux Italiens. J’aime ma ville.

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3 Réponses to “Au coin de ma rue”

  1. Circé lundi 8 septembre 2008 à 19:13 #

    Moi aussi j’aime. Merci de nous partager ces moments de pure montréalité 🙂

  2. Marie-Julie Gagnon mardi 9 septembre 2008 à 06:46 #

    Vive Montréal!!!

  3. Perséphone mardi 9 septembre 2008 à 13:44 #

    C’est beau! Tout en douceur……

    Bises

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