Archive | 22:32

Un carré de soleil

12 Mai

Au Myanmar, le gouvernement refuse l’aide à son peuple qui se meurt par milliers. En Chine, le bilan du séisme s’élève maintenant à près de 10 000 morts. Au Liban, le conflit fait rage de nouveau.  Et moi, je suis une éponge qui absorbe ce désespoir. Je suis gorgée de trop de souffrances et ne sais qu’en faire. Vous la ressentez, vous, cette douleur de l’autre bout du monde?  Elles vous touchent, ces images d’enfants hagards près de leurs parents aux yeux éteints? Et vous faites quoi?

Moi, quand je n’en peux plus de revoir ces images et de les ressasser dans ma tête, j’essaie de porter mon regard sur les petites choses. De voir la beauté autour de moi. Tiens, un chat, quelle jolie petite chose. Plusieurs chats, c’est encore plus mignon. Et il y en a beaucoup dans ma cour. Parfois tous à la fois, mais le plus souvent, ils s’échangent la place de choix à tour de rôle. Sur la dalle de béton, ils se prélassent au soleil en se frottant le dos. Ils sont maintenant si habitués à ma présence qu’ils ne s’enfuient même pas lorsque j’ouvre la porte.

Mon préféré est souvent là, ce chat de ruelle qui a survécu à l’hiver. Un corps compact, mais svelte, agile et gracieux, pas du tout impressionné par l’humaine que je suis, mais jouant la carte de l’indépendance à fond. Ça me fait toujours plaisir de le voir.

Quand je suis revenue ce soir, il était là. Il se claquait son petit roupillon de fin de journée. J’ai ouvert la porte, il a à peine sourcillé. Je suis restée debout sur le balcon. Il s’est étiré langoureusement, m’a regardée du coin de l’œil et s’est lentement éloigné vers le fond de la cour. Je me suis assise sur la dalle de béton. J’ai mis la main là où se tenait le gros minet quelques minutes auparavant et j’ai caressé le sol rugueux. La place était chaude. Je m’y suis blottie. Et enfin, l’éponge s’est vidée de son eau. Dans le carré de soleil, j’ai pleuré mes morts. Nos morts.

Une histoire birmane (9)

12 Mai

4 novembre 2007. À une heure de bateau de Mandalay, sur l’autre rive de l’Irrawaddy, se trouve Mingun, et les vestiges de ce qui aurait pu devenir le plus grand stupa au monde, n’eut été le décès du roi Bodawpaya avant la fin des travaux. À défaut de cela, on y retrouve la plus grosse cloche suspendue non fêlée au monde, mais surtout le temple Hsynbyume, splendide dans toute sa blancheur. Et bien sûr, il y a les mignonnes vendeuses du temple. Éventails en bois de santal, règles de bois peintes, bijoux de jade, longyis, bâtons d’encens, cartes postales, chacune a sa spécialité, mais toutes maîtrisent aussi bien l’ABC de la séduction du touriste. Petites phrases apprises par cœur en anglais et même en français, jolies robes, sourires adorables, rires en cascades, elles font flancher les cœurs les plus blindés. « Where are you from? », « What is your name? », « You are beautiful », « C’est joli! », « C’est pas cher! », « Vous visitez et on se revoit plus tard », « Attention à la marche », « Molo, molo! ». Tout simplement craquantes.