Archive | 18:15

Une petite fille dans une jupe trop grande

6 Avr

J’hallucine peut-être. J’imagine sûrement. Mais aujourd’hui, par cette première vraie journée de printemps, alors que je prenais un peu d’air sur la Plaza St-Hubert entre deux lectures, j’ai croisé une petite fille avec sa maman. Elle devait avoir une dizaine d’années, le teint basané et de magnifiques cheveux noirs et bouclés. Elle portait un manteau d’hiver bleu trop grand pour elle et des souliers à talons hauts en cuir verni qui lui donnaient une démarche comique, un croisement entre un pingouin et une grenouille. Sous le manteau, une jupe dépassait. Elle lui arrivait à mi-mollet. MA jupe. Enfin, elle n’est plus à moi, elle lui appartient maintenant, mais je suis allée porter cette jupe dans une friperie cet automne. J’en suis certaine. Elle est tout de même assez unique et reconnaissable, et je l’avais achetée il y a des années. Je ne la portais plus. Je l’ai donnée. Et maintenant, elle appartient à cette petite fille. Je sais bien, vous vous dites que je fabule, mais puisque je vous dis que je reconnaîtrais cette jupe entre mille!

Et après?… En effet, et puis après? Pas de quoi écrire. Vous avez sûrement raison. C’est d’une banalité. Vous avez raison.

Mais moi, ça m’a fait plaisir de voir cette petite fille. De la voir sourire en se pavanant sur ses horribles souliers vernis. Je l’imagine découvrir la jupe dans la friperie. Supplier sa mère de la lui acheter. Sa mère qui rouspète parce qu’elle est bien trop grande, cette jupe. La petite qui insiste. Oui, mais maman, elle est tellement jolie. Non. S’il te plaît. Non. Maman chérie. Non…

La petite a gagné. Elle ira loin, juchée sur ses talons hauts dans sa jupe trop grande.

Publicités

Conversation avec les livres

6 Avr

Nous avons une relation bien particulière, moi et les livres. Ils me parlent. Ou plutôt, ils m’interpellent. Je ne rigole pas.

Je ne suis pas la première à dire qu’un livre est apparu dans ma vie juste au bon moment. Ça nous est tous arrivé un jour, non? Vous avez un homme dans la peau et vous lisez L’Amant de Duras. Vous êtes malheureuse en amour sans être capable de mettre le doigt sur le bobo et vous tombez sur cette phrase de Lucia Etxebarria: « Il n’est pas de pire solitude que celle que l’on partage ». Vous vous lancez dans l’aventure d’un blogue que vous intitulez La Vie en instantanés et Muriel Barbery vous dit que « c’est peut-être ça être vivant : traquer des instants qui meurent ». Ça nous est tous arrivé un jour.

Mais il y a plus. Il y a des jours où je rentre dans une librairie et je me mets en mode disponible. Je tais toutes les voix intérieures, j’oublie ma liste d’épicerie et les critiques littéraires et je marche lentement entre les allées. J’effleure les tranches des livres, parfois j’en saisis un, l’ouvre et lis une phrase au hasard. J’erre entre ces milliers de possibles et j’attends. Parfois, un libraire m’approche et me demande si j’ai besoin d’aide. Non merci, ça va très bien. Puis, ça se produit. Un livre m’interpelle. Hier, par exemple, c’était le numéro 12 de la revue Zinc. C’est tout ce qui est écrit sur la tranche. No 12. Zinc. Je le tire doucement vers moi. Spécial Blogues. Un peu plus loin, dans la section Psychologie, mon regard balaie l’énorme bibliothèque. Rien qui capte mon attention. Alors que je m’apprête à continuer ma ronde, mes yeux se posent sur le livre juste devant moi. Virtuel, mon amour : penser, aimer, souffrir à l’ère des nouvelles technologies.

Je suis l’heureuse propriétaire de deux nouveaux bouquins. La revue Zinc, je l’ai déjà dévorée. Le livre de psycho, il traîne sur mon bureau. Il me susurre des mots doux. Derrière moi, des chuchotements. Ce sont les livres qui attendent bien sagement leur tour dans ma bibliothèque. « Pas un autre », « Il tente de la séduire », « Un instant, là, c’est à mon tour », « Moi, ça fait trois mois que je poireaute ici », « Moi, six, je crois qu’elle m’a oublié », « Il n’y a plus de place, elle ne peut pas nous coincer davantage », « Elle va en trouver de la place », « Parle-moi en pas, mon ancien voisin est parti à l’Échange, il paraît », « Mais elle ne l’avait même pas lu! », « Elle est comme ça… »

Eh oui, je suis comme ça.