La grand-mère de Carlos

3 Avr

La Havane, Cuba. Je suis assise sur une chaise droite dans le salon d’une coquette maison, avec une délicieuse grand-mère qui me tapote affectueusement le bras. Elle est petite, porte une robe fleurie, et a de beaux cheveux blancs et de petits yeux pétillants. Elle me raconte ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, et je hoche la tête et souris et me maudis de ne pas avoir été plus attentive lors de mes cours d’espagnol. J’attrape des bribes de son récit et j’imagine le reste en sirotant un café bien serré. Je ne la comprends pas, ou si peu. Mais au fond, cela importe peu. Elle me parle avec son regard si allumé, avec son doux sourire, avec sa main qui me touche, me palpe, me caresse. Elle est si heureuse que nous soyons là. Moi aussi, grand-mère, je suis heureuse d’être ici, près de toi.

Tu sais, j’ai déjà eu une grand-mère comme toi. Tu me fais penser à elle.

C’est drôle car en sortant, S* me dit que tu es pareille comme sa grand-mère, disparue elle aussi. Nous nous engueulons un peu à savoir à laquelle tu ressembles le plus… La mienne! Non, c’est la mienne! Comme si toutes les grands-mères de toute la terre se ressemblaient. Comme si, en vieillissant, nous perdions notre identité propre pour n’être plus qu’un archétype. La gentille grand-mère, le vieillard grincheux, le vieux couple. Comme si le temps, en nous marquant de ses signes, effaçait nos particularités.

Alors, moi, je te ressemblerai un jour, grand-mère? Je serai belle.

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