Archive | mars, 2008

Tonkinese Soup for the Soul

31 Mar

Je n’ai pas encore beaucoup parlé de moi, n’est-ce pas? Qui je suis, ce que je fais dans la vie, où j’habite… Je n’en ai pas l’intention non plus. Pas maintenant, du moins. Je ne vous connais pas. Permettez-moi une certaine pudeur. Je ne suis pas ici pour ça. Bien sûr, vous vous dites: « C’est ça, la jolie (mais qui vous dit que je suis jolie?), joue la sainte-nitouche, fais semblant que tu ne veux pas parler de toi (mais que savez-vous de moi?), mais on sait bien que tu es comme tous les autres (comme qui? les millions de blogueurs de par le monde ou ceux qui les lisent?), que tu blogues pour mieux te regarder le nombril et gratter la gale autour ». Soit. Je vous comprends de penser ainsi. Mais vous n’y êtes pas du tout. Je vous l’ai dit, j’écris pour mieux voir.

Enfin, peu importe, je dois vous dire une chose sur moi: quand ça ne va pas, il n’y a rien comme une soupe tonkinoise pour me réconforter. J’aime la décoration kitsch de ces restos, le charmant accent du serveur, les petites tasses dans lesquelles on nous sert le thé, le bouillon aux effluves de coriandre, les nouilles qui collent au menton, les languettes de boeuf encore saignantes, les baguettes en plastique, le gros pot de sauce rouge, le bruit ambiant. Ça me ramène en Asie, et donc, loin d’ici.

Ce qu’elle était bonne, la soupe, ce midi!

Pourquoi? Là n’est pas le propos. L’important est que je me suis assise et que j’ai dégusté la plus délicieuse des soupes tonkinoises. Et que ça va mieux. Merci de ne pas vous inquiéter.

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Des touristes au zoo

30 Mar

Excursion dans la campagne cubaine. Plusieurs jeeps se suivent. Nous revenons vers Varadero à travers petits villages et champs pétrolifères. Le long de la route, des enfants nous envoient la main. Innocemment, nous les saluons avec de grands sourires… Soudain, nous prenons conscience du manège qui se déroule devant nous. De leur jeep, des touristes lancent des paquets de gomme, toutous et autres babioles aux enfants. Les bambins se jettent au sol en se bousculant pour les ramasser. Aucun sourire n’éclaire leurs visages alors que leurs petites mains se referment sur les maigres trésors.

Nous demeurons silencieux. Je n’ose rien dire. Je ne veux pas qu’on m’accuse de snobisme, moi la grande voyageuse si prompte à critiquer les vacanciers. Mais S* éclate. Enfin, non, il n’éclate pas. Il implose, plutôt, d’une rage contenue :

– On n’est pas au zoo, crisse.

C’est exactement ça. J’ai l’impression d’être au parc Safari, et de regarder la famille en avant de moi lancer des peanuts aux animaux. Au moins, au parc Safari, on arrête l’auto pour flatter un museau, prendre une photo. Ici, non, surtout pas, il ne faudrait pas être en retard pour l’apéro.

À agir ainsi, nous privons ces enfants de leur dignité et en faisons un peuple de mendiants. Triste spectacle qui me plonge encore aujourd’hui dans un certain malaise. Car j’étais là. Et de par ma simple présence, je suis complice.

L’Homme et le mojito

30 Mar

– As-tu vu l’Homme avec une grand H qui vient de passer?

– Ben non, j’te l’ai dit que j’avais besoin d’un mojito. J’vois pas clair!

Sauter dans les vagues

29 Mar

Deux femmes aux têtes blanches dans des costumes de bain aux couleurs éclatantes. L’une d’elles porte des goggles. Elles s’amusent dans les vagues en riant comme des enfants.

Elles m’émeuvent.

Elles sont belles, elles sont fortes, elles sont fragiles. Je me demande si elles ont vu leur vie passer ou si elles se sont regardées dans le miroir un matin, et ont sursauté en voyant les rides, les cheveux blancs, la peau qui pend sous le menton, se demandant où était disparue leur jeunesse.

Elles m’émeuvent et m’effraient.

Car je sais qu’un matin, je serai celle qui se regardera dans le miroir.

Ce jour-là, moi aussi j’irai sauter dans les vagues pour oublier ma mort.

Alerte à Varadero

29 Mar

– C’tu le lifeguard, lui?

– Pourquoi, as-tu soudainement envie de te noyer?

Bière froide, cold beer

26 Mar

Arrivée à l’aéroport. J’ai déjà mes gougounes dans les pieds. Mes orteils s’étirent dans la douce chaleur du soir. Je suis heureuse de laisser la horde de touristes s’engouffrer dans les autobus alors que nous nous glissons dans une minuscule voiture. Je ne veux pas d’air climatisé. Je veux la caresse du vent sur mon visage. Je respire à fond. Recherche les odeurs qui m’amèneront ailleurs. Mais ça ne sent rien. Ou est-ce moi qui ne ressens plus rien? Alors, je regarde partout. Les palmiers, la mer, les vieilles bagnoles, les petites maisons au bord de la route… Oui, je suis bien ailleurs, mais je ne réussis toujours pas à le ressentir. Nous nous arrêtons à une station-service. On nous offre une bière. La canette est glacée entre mes mains. On la boit dans l’auto? Eh bien, oui, dans l’auto, pourquoi pas? J’ouvre ma bière, me cale dans mon siège, et prends une longue gorgée. Qu’est-ce que ça dit sur moi s’il faut que je boive une bière dans une auto en marche pour réaliser que je suis bien loin de chez-moi?

Je reviendrai à Montréal (sur l’air de…)

25 Mar

De retour. Physiquement. Mentalement, je flotte encore, portée par la mer. Dans mes bagages, des instantanés. En voyage, il y en a tellement. Je vous raconterai. Je vous décrirai la grand-mère de Carlos et mon ami Emilio. Je vous narrerai La Havane et la campagne cubaine. Je vous ferai écouter la musique et le son du vent dans les palmiers. Je dénuderai ces corps qui s’offrent au soleil et couvrerai pudiquement les détails qui pourraient vous choquer. Oui, je vous raconterai tout cela car je suis de retour. Mais avant, si vous le voulez bien, je vais aller dormir, je vais sombrer dans le sommeil pour oublier que demain, je suis ici et maintenant. Et que ce ici et maintenant n’est pas ailleurs.

Les sourcils de Frida

15 Mar

Croisée sur le trottoir: une petite fille d’à peine 3 ans, emmitouflée dans son habit de neige. Elle marchait maladroitement en tenant la main de son père. La mère, voilée, suivait à petits pas. L’enfant a levé de grands yeux noirs emplis de curiosité vers moi. Un petit sourire complice sur les lèvres. Le bout du nez rougi par le froid ou un bon gros rhume. Et ses sourcils! Ses sourcils… Les sourcils de Frida sur un bébé. J’ai dû la dévisager longuement pour m’assurer qu’ils étaient bien réels. J’ai perdu pied sur la glace, effectuée une figure acrobatique avant de reprendre l’équilibre. Elle a ri. Craquante.