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Parfois, on tombe sur un blogue, et on se dit  “Comme c’est sympathique!”, on l’ajoute à sa blogoliste, on se dit qu’on va y revenir.  Puis, on oublie. On y retourne mollement, parfois, par un dimanche pluvieux, on le lit distraitement, en se disant qu’il faudrait y revenir plus souvent. C’est tout de même très sympa. Puis, on oublie.

Il y a dans les liens que vous retrouvez à droite, des blogues que je visite régulièrement. Taxi-Brousse, L’hiver @ Khartoum (il est revenu!), Les eaux troubles, et bien d’autres.

Il y en a un que je viens d’ajouter à la liste. Je suis peut-être en retard, mais je viens de découvrir sa présence dans la blogosphère. Le bédéiste Guy Delisle à Jérusalem.  J’ai commencé par les plus récents billets. Maintenant, je le lis méthodiquement, à rebourd.

C’est tellement beau, tellement sensible. Parfois, l’actualité s’y glisse, comment faire autrement. Mais la plupart du temps, c’est en simple observateur du quotidien que Guy Delisle nous raconte le monde qui l’entoure.  Et quel regard.

Allez voir, il est à Jérusalem jusqu’à la fin de l’été seulement, je crois.

Une nouvelle fidèle lectrice

Me revoici qui m’excuse une fois de plus d’avoir été silencieuse cette semaine.

Et pourtant, ce n’est pas faute de ne pas avoir écrit, au contraire. Je suis plongée dans mon journal de voyage, que je retranscris, peaufine, réécris. Comment traduire avec des mots ce qui se vit avant tout? Je cherche le mot juste, la bonne tournure de phrase, j’élimine le superflu, tente de faire ressurgir l’essentiel, sans en aseptiser le sens. J’imaginais que cela serait une partie de plaisir, eh bien non, c’est source de frustrations, doutes et maux de tête. Le sentiment de ne pas être à la hauteur de ce que j’ai vécu.

Je retourne donc à mon carnet, et vous laisse sur ces images du film Baraka. Cet endroit magnifique est le temple Gunung Kawi, à Ubud (oui, la petite ville de Mange, prie, aime), sur l’île de Bali. Et vous voyez là de la danse Kecak. J’ai assisté à un tel spectacle au cœur d’un jardin luxuriant, sous une pluie diluvienne. C’est absolument fascinant.

Vous le sauriez, vous, trouver les mots pour décrire cela?

Sur la scène, des hommes jeunes, beaux, charmants. Des acteurs de talent. Une belle brochette, comme dirait mon ami P*. Pourtant, je ne les vois pas. Car, parmi eux, il y a Michel Dumont. Acteur imposant, au charisme lumineux.
Je suis assise dans la salle Jean-Duceppe de la Place-des-Arts, parmi des centaines de personnes, et je ressens intensément sa présence, comme s’il n’y avait que lui, comme s’il était tout près. Sur la scène, il éclipse tous les autres. Sa voix résonne sur les murs du théâtre, son corps, droit, solide, semble remplir tout l’espace.
Je suis subjuguée. Peu importe la jeunesse triomphante des hommes qui l’entourent, je ne le quitte pas des yeux, si ce n’est pour admirer le jeu et la grâce de la sublime Monique Miller.

Je ne sais comment expliquer ce sentiment que m’inspirait Philippe Noiret, et que m’inspire Michel Dumont. Je ne sais même pas le nommer. Ce n’est ni de l’amour, ni du désir, plus qu’une simple fascination ou de l’admiration… je ne trouve pas le mot.

Je sais seulement qu’en les regardant jouer, qu’en écoutant le timbre envoûtant de leur voix, je reprends confiance en l’humanité, je renoue avec l’émotion, je rentre en moi.

Je devrais aller au théâtre plus souvent.

Il y a peu, je regrettais le fait que l’art ne touchera jamais les gens autant que le sport, qu’il ne les rassemblera jamais avec autant de force. Mais hier le Canadien a perdu. Et hier aussi, je suis allée voir U2 3D.

Les petits drapeaux ont déjà disparu des bagnoles. Les chandails de hockey sont au fond des tiroirs. La ville est lendemain de veille, et le temps gris et frisquet n’arrange rien. Oui, il y a quelques semaines, toute la ville fêtait la victoire de SON équipe, mais aujourd’hui, c’est un peu honteux d’avoir tant espéré que chacun retourne à ses affaires. Il paraît qu’on peut même s’attendre à une période de déprime.

En ce jour de désillusion, donc, je suis allée voir U2 3D. J’ai touché la main de Bono, essuyé sa sueur. J’ai volé au-dessus de cette marée humaine, m’y suis plongée. J’ai été transportée par l’énergie de cette foule compacte et hurlante, j’ai eu envie de danser et crier avec eux.

J’avais tort. L’art peut toucher autant que le sport. En fait, pas toutes les formes d’art. Je continue de croire et de déplorer que l’art visuel ou la littérature n’aient pas cette force. Mais la musique, oui. Que oui. Et ça me console.

Vous connaissez le “latte art”? Je viens de le découvrir. D’accord, ce n’est pas du grand art, mais c’est tout mignon. Comme quoi l’art est partout, même dans une tasse de café. Il faut simplement savoir regarder.

Frida. La voir vivre m’a donné envie de me replonger dans Diego et Frida. Comme ce couple est beau et fort et inspirant! Et pourtant comme ils ont souffert tous les deux. Un éléphant et une colombe. Comme elle a souffert, elle, surtout. Quels artistes…

Hier, je suis tombée sur un passage où Le Clézio parle de l’engagement. On le sait, la peinture de Diego Rivera a toujours été très engagée, à un point tel que sa fresque au Centre Rockefeller a été cachée puis détruite, avant même de voir véritablement le jour. Frida est une femme engagée. Et pourtant, sa peinture ne l’est pas. Elle est tournée vers l’intérieur et parle de souffrance et de solitude. La peinture de Frida bouleverse alors que celle de Diego dérange.

Quelle œuvre a le plus d’impact? Celle qui bouleverse ou celle qui dérange? Je ne sais pas. Je me demande simplement si l’art a besoin d’être engagé. Si c’est là la meilleure façon de toucher et d’espérer créer un remous dans un océan d’indifférence.

Frida, si troublante, n’est-elle pas la plus révolutionnaire des deux? Celle qui a su émouvoir les gens dans ce qu’ils ont de plus secret, de plus vulnérable? Et toute révolution ne commence-t-elle pas de l’intérieur?

L’art émeut, l’art transporte, l’art exalte, l’art questionne, l’art ébranle, l’art choque, même.

Mais, contrairement au sport, l’art, lui, ne rend pas con. Ça me console.

J’adore Frida Kahlo. Je vénère Frida. Je ne saurais dire ce qui me touche tant dans ses autoportraits. Son intensité, son courage, sa beauté, son talent, sa folie, sa douleur, sa fierté. Ses tableaux me troublent et m’apaisent. Dans son regard noir, je cherche des réponses. Mais je ne connais pas les questions.

Et pour la première fois, je la vois vivre. Je la vois amoureuse, je la vois majestueuse, je la vois malade, je la vois souffrante. Je suis bouleversée. Pardonnez-moi, les mots me manquent.

Si ma vie vous intéresse

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