Il accueille les clients de la pharmacie d’un bref hochement de tête. Les deux pieds bien ancrés dans le plancher de linoléum, les mains derrière le dos, le menton légèrement relevé, sa stature imposante tranche avec celle, délicate, de son prédécesseur, qui, lui, ne court plus après les petits vauriens. Le vieux monsieur est toujours là, mais il offre simplement son plus beau sourire et rigole avec les caissières. Alors que lui, c’est du sérieux.
“Vous, lequel vous préférez?”
Soudain, mon intérêt pour les couleurs de vernis à ongles pâlit. Deux adorables vieilles dames tendent leurs poignets au gardien de sécurité. Je le vois hésiter une fraction de seconde, puis il penche son profil de chasseur de la savane vers un poignet. Inspire. Puis vers l’autre. Inspire. Il recommence, cette fois en fermant les yeux. Inspire. Il prend son rôle au sérieux. Inspire. Les femmes scrutent son visage à la recherche d’un signe, un frémissement de la narine, une veine qui palpite, une moue qui se dessine, afin de deviner qui sera l’élue. Fébriles, elles attendent que l’homme fasse son choix.
“Celui-là.”
La dame glousse.
“Ah, tu vois, il trouve que je sens meilleure que toi!”
Elles rigolent. L’élue bat des cils.
“Mais vous aussi vous sentez bon, madame!”
La séductrice éconduite rougit.
Le garçon sourit. Il a l’air si jeune.
Je regarde les deux dames déposer à regret les flacons de parfum sur le comptoir, et s’éloigner en se taquinant. Et je me dis que la séduction n’a pas d’âge. Et je me dis que dans leur tête et dans leur coeur, elles ont toujours 20 ans.
Et je me dis qu’un jour pas si lointain, je serai l’une d’elle.
En vérité, peut-être le suis-je déjà. Seulement, je ne le sais pas encore.
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Parce que tout le monde veut séduire et plaire.
Oui, peu importe l’âge… Je trouve ça touchant.