Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit.
Marguerite Duras
J’ai toujours pensé que les mots pouvaient guérir de tout.
Les mots qu’on lit, tout d’abord.
On souffre rarement de solitude lorsqu’on a un livre avec soi. Manger seule au resto, ce n’est pas triste. Pas si les mots d’un auteur de talent vous accompagnent. Attendre son vol dans un aéroport anonyme, ce n’est pas long, quand vous êtes plongé dans l’univers d’un roman. Un samedi soir seule à la maison, ce n’est pas déprimant. Il y a ce livre qui traîne sur la table du salon et qui n’espérait que ce moment.
Il ya aussi ces livres qui arrivent juste au bon moment. Celui qui vous accompagne en voyage, celui qui vous soutient lors d’un deuil, celui qui vous pousse à vous dépasser, celui qui vous ramène à la raison, celui qui vous encourage dans vos folies, celui qui vous élève, celui qui vous jette à terre… Il y a de ces bouquins qui aident à vivre.
Et il y a les mots qu’on écrit.
J’ai toujours pensé qu’écrire m’aiderait non seulement à vivre, mais à survivre. À passer au travers des moments de doute, d’angoisse, de peine. Je ne dis pas tout au papier, j’en dis encore moins à l’écran. Mais les mots me permettent de transcender les émotions. Que je puisse, de la douleur, de la tristesse, créer un peu de beauté, cela m’apaise. Écrire donne un sens à l’absurde. J’aime à croire qu’écrire me rend plus forte. J’aime à croire que les mots me préserveront à jamais de la folie et des trous noirs qui aspirent tout.
Oui, j’ai toujours pensé que les mots pouvaient guérir de tout.
Et pourtant, les mots n’ont pas sauvé Nelly Arcan. Ils l’auront soutenue jusqu’à ses 36 ans, mais pas au-delà. Les mots ont flanché sous le poids de sa détresse. Comme ils l’ont fait pour tant d’autres avant elle. Je sais. Écrire ne suffit pas.
Les mots ne peuvent pas guérir de tout.
Mais alors qu’est-ce qui nous aidera à vivre? Que nous reste-t-il pour survivre?

6 comments
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Dimanche 27 septembre 2009 à 14:54
Véronic
C’est vrai que les mots aident à vivre.. l’art aide à vivre.. le sport… etc.. Et il y a bien une multitude de trucs à essayer pour survivre! Mais qu’est ce qui peut nous sauver d’une détresse tellement forte pour vouloir ne plus exister? J’imagine que ça dépend de chaque personne… mais moi je crois que ça passe par le lien. Le lien avec quelqu’un qui nous est significatif et par l’ouverture à l’autre… Avant le geste!
Dimanche 27 septembre 2009 à 17:24
Paula
Et si pour survivre, il y avait… le voyage. http://lisegiguere.wordpress.com/2009/09/26/bon-voyage-nelly/
Merci à Lise Giguère pour ce très beau billet.
Lundi 28 septembre 2009 à 08:02
Morgane
On accorde beaucoup de pouvoir aux mots, et ils en ont. Ils permettent à certaines de nos pensées de prendre corps en dehors de soi. L’écrit rend la chose encore plus tangible.
Mais si les mots peuvent aider à guérir, ils aident aussi à mourir en rendant encore plus concret la souffrance. On ne finit par ne voir que cela. La souffrance.
En somme, les mots ne sont que l’expression poussée à son paroxysme de nos émotions.
Lundi 28 septembre 2009 à 19:01
Paula
Morgane, te lire est toujours un plaisir. Sache que tes mots aident à vivre.
Mardi 13 octobre 2009 à 09:58
Rouge
Paula, merci du compliment !
Cette fois, ce sera plus facile de me trouver – je facilite ta recherche
Mercredi 21 octobre 2009 à 10:58
Ceciel
J’aime beaucoup votre manière de décrire l’écriture comme moyen d’échapper au gouffre. Et aussi l’idée de départ de ce blog, ouvrir les yeux et prendre le temps de mettre des mots sur ce qui s’est offert à notre regard…