Les jours de pluie (photo: deviantART)

Les jours de pluie (photo: deviantART)

Il y a de ces journées faites pour l’ennui… Elles commencent au ralenti par une grasse matinée, puis avec un grand café au lait et la lecture distraite des manchettes matinales. La pluie s’amène doucement. Une pluie chaude d’été. Le vent se lève. L’air frais s’engouffre dans la maison par la porte ouverte. Les gouttes tambourinent avec force sur le pavé. Je m’étends sur le lit, caressée par la brise. J’écoute le déluge. Je flotte entre un état de veille et de sommeil. Les yeux grands ouverts. Debout. Lire ce magazine qui traîne sur la table de cuisine. Passer le balai. Plier les vêtements propres. S’asseoir à l’extérieur et regarder la pluie tomber, sans rien faire d’autre. Réchauffer une soupe. Écouter la musique d’une oreille. Essuyer le chat. Laver le bain. Décongeler la sauce pour le souper. Flatter le chat. Tourner en rond.

Puis, il faut sortir. Aller porter le film avant 20 h. Le soleil m’éblouit. Mais quand est-il apparu, celui-là? Un vieux monsieur me salue. Nous bavardons quelques instants. Au coin de la rue, un cycliste me sourit alors qu’il m’évite de justesse. Les cloches de l’église sonnent. Un enfant patauge dans une flaque d’eau. Ça sent bon la terre mouillée. Dehors, c’est la vie!

Quel gâchis, cette journée. Quelle solitude que la mienne. Je déteste l’ennui. Je déteste passer à côté de la vie, empêtrée dans les brumes de mon esprit.

De retour chez moi, je classe des papiers avec l’énergie du désespoir. Tout pour ne pas retomber dans cette torpeur qui m’attire vers le bas. Je retrouve des lettres oubliées. Des lettres d’une autre époque, où je ne m’ennuyais pas, où il y avait des bruits dans cette maison, où je n’étais pas seule… Une époque où j’étais si malheureuse, habitée du sentiment de passer à côté de ma vie justement, enchaînée à un quotidien qui ne me ressemblait pas. Il est si facile d’oublier. J’ai jeté les lettres. Je n’oublierai plus.

Maintenant, ma vie, je l’habite pleinement. Même les jours de pluie. Même les jours d’ennui.

L’ennui, c’est le vide qui accueille tous les possibles.

L’ennui, c’est aussi parfois le prix de la liberté.