
8h, vendredi matin. J’attends la lumière verte au coin de Milton et St-Urbain. À ma droite, devant moi, derrière moi, d’autres cyclistes. Une fille porte une jolie robe imprimée. Son vélo est orné d’un panier en osier dans lequel repose un sac à main argenté. Un sportif exhibe ses cuisses bien moulées dans ses cuissards, et piaffe d’impatience. Un autre n’a pas honte de ses bas bruns remontés bien haut sur ses chevilles pour retenir le pantalon de la même teinte. J’observe tout ce beau monde, contemple les autos passer, une blonde dans une Volskwagen, un couple dans un VUS, un homme et son main-libre, une femme et son rouge à lèvres. Soudain, à ma gauche, je découvre un vieux et frêle monsieur. Je ne l’ai pas vu arriver. Il est tout près de moi. Il semble fixer un point droit devant lui, droit devant nous. Ses yeux bleus sont exorbités et voilés par la cataracte. Il ne tourne jamais la tête vers moi. Pourtant, lentement, il se rapproche. Bientôt, nos épaules se touchent. Je le regarde, étonnée. Il ne me parle pas, et je ne sais pas quoi lui dire. Il me donne la chair de poule. J’ai peur de déclencher quelque chose en lui adressant la parole. Des cris, une baffe, une crise, des insultes, un horrible malaise. Alors, nous restons ainsi, épaule contre épaule. La lumière vire enfin au vert. Ça m’a semblé une éternité. Je repars doucement, je ne voudrais pas qu’il tombe. Je ne me retourne pas. Mon coeur bat vite. Je pousse un soupir. Je ne comprends pas très bien ce qui s’est passé, mais c’était terriblement bizarre.

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