

(image : Corbis)
Je suis assise sur le balcon. À mes pieds, le chemin s’enroule autour de la montagne et disparaît dans la forêt. Au loin, je vois le lac. Une île, parfaitement ronde, semble flotter en plein milieu. Le temps est brumeux, l’air est doux. Le silence m’entoure, seulement troublé par le passage de volées d’oiseaux fuyant l’hiver à venir, et les éclats de rire qui me proviennent parfois de l’intérieur du chalet. Je me donne enfin le droit de ralentir.
Journée grise qui incite à la paresse, il est vrai. Et je me laisserais certainement glisser dans une léthargie bienfaitrice, si ce n’était des arbres. Ils m’agressent et me ravissent. C’est l’intensité des couleurs. C’est l’éphémère. Cela exige de moi d’être entièrement disponible, totalement vivante. Présente.
Je suis en train d’assister à l’agonie de millions de feuilles.
Entendez-vous les râles qui s’élèvent de la forêt lorsque souffle le vent ? La voyez-vous, la danse funèbre des feuilles qui se balancent au bout de leur branche jusqu’à ce qu’elles tombent au sol, vaincues?
Je me dois de regarder. Je me dois de rester assise ici, sur le balcon, et de ne pas détourner le regard. Devant les arbres, il est vrai que je suis bien peu de choses. Je serai immobile, et je contemplerai la mort flamboyante de la forêt.
Bientôt, les feuilles mourront et retourneront à la terre. Le sol exhalera le parfum de leur décomposition. Je me mettrai debout. J’irai marcher dans la forêt. Et alors, je lèverai les yeux vers le ciel, et je verrai les branches nues dessiner à grands traits le visage de ma solitude.

2 comments
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Dimanche 5 octobre 2008 à 08:15
Marie-Julie Gagnon
Trois lettres: WOW!
Dimanche 5 octobre 2008 à 10:59
Depassages
La transparence du mental…..rien de moins.