Dans les parcs et les parterres ombragés, la neige prend son temps. Elle n’a pas mis tant d’effort à nous tomber dessus pour se laisser oublier si vite. Protégée par l’ombre fraîche, elle se prélasse et nous nargue au passage. Elle régurgite sacs de plastiques, mégots et vieux journaux pour nous rappeler à l’ordre.  Vendredi, elle a même senti le besoin d’en remettre en nous crachotant dessus.

Mais je ne me laisserai pas intimider. J’ai sorti mon bolide, ma vieille bécane, rouge bien sûr, avec le panier accroché au guidon. J’ai gonflé les pneus, décollé les freins et je me suis lancée à la conquête de la ville, de ma ville.  Car oui, parfois, la ville m’appartient. Elle est à moi. À moi.

Pour le plaisir, hier soir, j’ai pédalé dans la ville endormie, glissant doucement dans les rues de mon quartier.

Il y a moi, mon vélo, la ville silencieuse, le vent dans mes cheveux et le froid qui me pique les joues.

Je suis libre. Libre.

Et demain matin, je dois me lever tôt pour aller travailler.